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20.10.2007

vakater blues (suite)

Je suis revenue vous parler de Carmen. Vous ne l’avez pas oubliée ? Elle a apporté cette semaine sa modeste, mais méritoire, contribution à la formation intellectuelle de l’élite de la nation : 5 heures d’espagnol à l’ENTA. Elle était toute fière, toute contente, comme un gamin qui aurait décroché … Mais la rencontre avec les autres vacataires a mis un sacré bémol à son enthousiasme juvénile. Oui, elle a rencontré les professeurs d’allemand, anglais, arabe, chinois, espagnol, français, japonais, portugais, russe (voyez, pour ne blesser aucune susceptibilité, je respecte l’ordre alphabétique), qui travaillent à l’école. Des femmes majoritairement. Et, comme on dit poliment, d’un certain âge. « Moi, ça ne m’arrivera jamais, a pensé Carmen, à cet âge-là, moi, j’aurai un emploi stable. » Le pire, c’est que, comme elle est nouvelle, à la pause autour d’un café imbuvable servi dans un gobelet en plastique, les collègues ont voulu lui faire entendre le « blues du vacataire». Ce n’est pas un chant révolutionnaire qui vous mène au combat, c’est une chanson clandestine qu’on chante entre soi sans surtout élever la voix. Vous avez de la chance, j’ai noté le texte.

« Après les angoisses du début d’année
T’as travaillé trois mois, toujours pas payée
Et les heures supprimées, pas rémunérées

T’auras pas de contrat, c’est l’Etat
N’attends pas le syndicat, il est pas là
Gare à toi, sois toujours sympa

C’est le règne de l’arbitraire, du pouvoir discrétionnaire
Si ça te plaît pas, tu peux rentrer chez ta mère
Tu comprends pas, ouvre le dictionnaire, t’es vacataire » ;


Le refrain, si je me souviens bien, était plutôt simple :

Tu ne peux rien changer
Si tu protestes, tu te fais virer
Des bottes, tu devras lécher
Surtout, ne te fais pas détester

Quand Carmen a voulu introduire une note plus positive, on lui a répondu avec toujours les variations du même thème : T’as aucun droit, ici c’est chacun pour soi.

Si j’ai mal noté les paroles, si j’ai oublié une ligne, vous pouvez me contacter. Le blues, elle est en train d’en faire un rap.

Commentaires

ma pauv' Carmen, ça n'a pas l'air de réagir beaucoup du côté de tes collègues. Même une mère de famille retraitée comme moi sait bloguer, c'est simple : un pseudo, un commentaire et voila ! Faut dire que mes deux fils, c'est des précaires aussi. Et ma retraite n'est pas au régime spécial.
Allez, bon courage, tiens bon !

Ecrit par : Julie F. | 22.10.2007