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05.11.2007

CARMEN CHANTE LE BLUES

Vous vous rappelez Carmen, vacataire d’espagnol dans l’enseignement supérieur ? Si vous venez juste de vous joindre à nous, je vous accorde quelques minutes pour lire la note « Les aventures de Carmen »
Depuis votre dernière visite, les semaines et les années ont passé pour Carmen. Sachez qu’elle a appris le blues des vacataires - le texte figure dans « Vakater blues » - et qu’elle le chante maintenant vraiment très bien.
Vous vous souvenez : Carmen assurait 5 heures de cours à l’ENTA. Elle a entendu un homme politique très connu dire qu’il fallait : « travailler plus pour gagner plus ». Dans son cas, d’ailleurs, ça semblait une bonne idée. Travailler plus à l’ENTA, pourquoi pas, puisque ça se passait bien, mais on lui a répondu : « Ici c’est plafonné. Tu ne peux pas faire plus. Et il faut que je donne des heures à tout le monde. Tu n’es pas la seule.» Elle a crié, protesté, réclamé qu’on évalue et valorise son travail. « Non, Carmen, ce n’est pas possible.» Et là, c’est à Pedro, un nouveau venu qu’on a donné le plus d’heures. Beaucoup se demandaient d’ailleurs ce qu’il faisait constamment dans le bureau du responsable à réclamer une attestation, déposer des papiers, apporter des bonbons… Carmen n’a plus rien dit et d’une certaine manière ça s’est arrangé pour elle : une collègue lui a dit que dans une autre école, une des profs d’espagnol était partie à Cuba pour une durée indéterminée et que, dès lors, ils cherchaient quelqu’un pour 4 heures /semaine, pas bien payées certes, mais elle veut travailler plus, donc … Vous l’aurez compris, Carmen fait désormais partie d’un réseau, d’un vivier dans lequel les directeurs d’école et les responsables des établissements d’enseignement sont heureux de puiser selon leurs besoins. C’est rassurant pour eux de savoir qu’il y a toujours des gens qualifiés et compétents, disponibles, prêts à travailler. Mais pour Carmen, à la rentrée, c’est l’angoisse. 10 jours avant la fin des vacances, elle a mal au ventre, elle a des cauchemars. Elle rêve qu’elle n’a plus de boulot, qu’on ne veut plus d’elle, qu’elle mendie à l’entrée du Carrefour pour acheter son billet de retour à Madrid, qu’elle a acheté une tente chez Décathlon et qu’elle l’a plantée sur la place Guérin… Va-t-elle appeler ses 3 chefs et courir le risque de se faire rabrouer très gentiment : « La rentrée, c’est dans une semaine, voyons. Je ne peux pas savoir si j’ai des heures pour toi. Je te rappelle dès que je suis au courant. » , « On a moins d’élèves cette année. L’espagnol, ce n’est plus très demandé, tu sais. Je t’appelle la semaine prochaine » ? Ou attendre patiemment qu’on l’appelle ? Et si on l’oubliait ? « Enfin, Carmen, t’oublier ? Tu dois me faire confiance.» Alors quand, trois jours avant la rentrée, on lui propose les heures : « Je peux te donner 4 heures : lundi 8 heures et mercredi, jeudi vendredi 18 heures. Désolé, il n’y a pas d’heures groupées. Oui, j’ai pensé à toi, tu vois. Dis-moi tout de suite si tu peux le faire, ou j’appelle quelqu’un d’autre ». Elle ne proteste jamais, elle se dit qu’elle s’arrangera. Je crois qu’elle dit même « merci, c’est super » puisqu’on lui DONNE des heures. Parfois tout va mal : « Carmen, non, je n’ai rien pour toi. Non, même pas une heure. Il y en a d’autres qui sont prioritaires. Je suis désolée, vraiment, mais je n’y suis pour rien. Enfin, Carmen, tu le savais dès le début, tu es vacataire. » Carmen est désespérée, alors quand le téléphone sonne une semaine plus tard et qu’elle entend : « J’ai un cours Carmen, trois heures, oui le soir… Tu commences demain. », Carmen ne songe plus le moins du monde à protester, elle est heureuse de ne pas être exclue de ce merveilleux système et reconnaissante. MERCI.


Maintenant qu’elle doit faire face à plein de déplacements, sillonner Brest et sa périphérie, du matin au soir, pour assurer une dizaine d’heures, le bus n’est plus très adapté. Et le tram n’arrangera rien à l’affaire - c’est du moins ce qu’elle a lu dans le site très documenté de Trollibus - puisque ces écoles ne seront pas desservies directement. (Entre nous si on avait pensé à construire les écoles près du futur IKEA, ce serait plus simple pour tout le monde.) C’est ainsi que Carmen a oublié toutes ses bonnes résolutions d’écolo convaincue et a acheté à crédit une voiture d’occasion. Evidemment, il faut payer tous les mois, même les mois où elle ne travaille pas. Et un souci de plus pour Carmen, c’est l’augmentation du prix du carburant. Elle est moins touchée que les pêcheurs, évidemment, mais son salaire n’augmente pas et elle roule vraiment beaucoup. Alors vous auriez dû voir la colère de Carmen quand elle a lu que Christine Lagarde, notre ministre de l’Economie suggérait d’utiliser des moyens de transport alternatifs. Je ne vais pas répéter ce qu’elle a dit, ce n’est pas poli et puis on ne sait jamais, si Christine Lagarde lisait mon blog.

Commentaires

Heu...Moins touchée que les pêcheurs?

Eux ils jettent des poissons (morts grâce à eux) à l'eau... Carmen ne doit pas avoir le loisir de jeter le fruit de son labeur à l'eau (allo?).
Surtout que dans le cas des pêcheurs ils s'agit de vie.Quand on sait que les fonds marins sont épuisés...
Et ne seront pas augmentés de 172 pour cent... (Les fonds marins bien sur).

Courage! l'union fait la force!!!
Véronique

Ecrit par : Véronique | 08.11.2007

Salut à Carmen et à tous les autres...

En lisant ce billet, je me suis reconnu. Sauf que je n'ai jamais été vacataire, puisque j'ai toujours travaillé dans le privé. Je suis prof de FLE (français pour les étrangers). Dans les écoles de langue, en France, le contrat le plus répandu s'appelle CDII (contrat à durée indéterminé intermittent). Une école te propose à vie de te donner (oui, comme à Carmen) des heures dés qu'elle en a. Si elle n'a pas d'heure pour toi, pas possible de s'inscrire à l'anpe ou au assédic puisque qu'il y a un I dans ton contrat. Donc, il ne te restes plus qu'à prendre plusieurs employeurs (3, 4, 5 : plus on est de fous moins on rit) et accepter toutes les heures qu'on te propose (on ne sait jamais de quoi demain sera fait).
Un jour, vraiment j'ai eu besoin de vacances (je sais, c’est incroyable !). J'averti tous mes employeurs, attention en août, je pars deux semaines, vous comprenez ça fait deux ans, sans vacances... On comprend, pas de soucis, passe de bonnes vacances.
Avant de partir, un de mes employeur m'appelle : "Il faut que tu retardes tes vacances, il y a un groupe d'ado, tu dois les prendre." Je refuse.
Quand je reviens, pas d'heure pour moi ce mois-ci, le mois prochain peut-être. Pas d'heures non plus dans les autres écoles (est-ce de la parano que de penser que ces employeurs se connaissent ?). A l'anpe et au assédic on m'explique qu'un cdii est un cdi, j'ai un contrat de travail donc j'ai un travail. Fin de la discussion.
Le mois suivant toujours pas d'heure mais de nouveaux profs.
Depuis ce jour, je dis non au cdii et je milite pour de conditions de travail décentes.

Ecrit par : Tilo | 08.11.2007

Salut Tilo,
Quelque part tu as été grillé. Quelle idée de vouloir prendre des vacances. Bon courage.
Je mets ton message en note. J'hésite un peu, quand même. Il y en a à qui ça pourrait donner des idées.
Etendre le CDII à d'autres domaines, par exemple.
Vakater

Ecrit par : vakater | 08.11.2007