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15.05.2008
LES AVENTURES DE CARMEN : JOUR DE GREVE
Bonjour,
Chut, ne réveillez pas les enfants. Aujourd'hui, c'est jour de grève. Carmen ne sait toujours pas : « Je fais grève, je fais pas grève. J'y vais, j'y vais pas ? » D'un côté, la grève est organisée par les syndicats. Les syndicats, vous aurez compris qu'elle ne les aime pas trop (l'inverse doit être vrai également). Dire qu'elle ne les aime pas, c'est faux d'ailleurs. Elle ne se sent pas concernée. C'est tout. Ils ne parlent pas d'elle. Ils défendent les salariés, oui. Mais elle, elle se situe dans un espace-temps différent. C'est comme si elle était sur une autre galaxie. Comment expliquer autrement les heures supprimées, les congés non payés, les emplois du temps variables, les licenciements abusifs sans préavis ? Mais, quand même, la grève d'aujourd'hui, c'est pour la défense du service public. C'est important que les enfants aillent à l'école, qu'ils aient un enseignement de qualité. Oui, mais qu'elle se dit Carmen, moi aussi je travaille pour le service public, et moi, personne ne m'aide. Les syndicats, ils font comme si les vacataires n'avaient aucun droit ! Ils devraient aller voir sur le blog de Maître Icard, il explique tout. Sûrement que pendant leur formation, le jour où on a parlé des vacataires ils étaient tous à la pêche. Alors au fond, ça sert à quoi d'avoir des droits, si personne ne les défend ? Quand même, aujourd'hui, je lui ai dit à Carmen, c'est pas une grève pour les retraites. (Ne parlez pas à Carmen de sa retraite !) C'est une grève pour le service public, contre les programmes de Darcos, contre la précarité. ..Mais, est-ce qu'ils vont parler des précaires dans les médias ? Au fond, il a raison, le président, on ne peut pas faire confiance à la presse. Et il y a une manif aussi à Brest, aujourd'hui. Carmen, ça lui fait penser aux manifs contre le CPE. Vous vous en souvenez, du CPE ? Carmen se rappelle.
Elle ne comprenait pas ce qu'ils avaient contre le CPE, les jeunes. C'était un contrat de travail, quand même, le CPE. Ils n'ont même pas remarqué que la prof de japonais et le prof d'anglais en rêvaient, eux, d'un contrat première embauche, après vingt ans de métier. Tiens ! Et à cause de la grève, on supprimait les heures de cours (notamment les heures de japonais et d'anglais) et leurs profs vacataires n'étaient pas payés. Ils n'ont pensé pas à ça, les étudiants. A l'ENTA, heureusement pour Carmen, les étudiants n'ont pas fait grève. Pas concernés ! (Pour l'élite de la nation, on prépare le tapis rouge, pas des contrats pourris... ) Quand même, un jour, ça lui a fait tout drôle à Carmen, quand une de ses collègues, une titulaire, a dit « Moi, je vais à la manif contre le CPE. Il faut se battre. Ce qu'ils veulent faire à nos jeunes...tu te rends compte, un contrat pareil, aucune garantie, la précarité ... » La défense des droits, c'est toujours pour les autres, hein Carmen ? Je vous le disais, les vacataires, c'est une autre galaxie, un espace à part. Je crois que Bourdieu explique ça. Si ça vous intéresse, il appelle ça des « champs ». Si vous faites grève, ça vous fera de la lecture. N'oubliez pas le blog de Maître Icard (recherche : vacataires en colère) et Bourdieu... Et Carmen, il faut qu'elle se décide. « J'y vais, j'y vais pas ? Si j'y vais pas, je suis pas payée... »
10:02 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : grève, éducation, vacataire, Brest, service public
Commentaires
Vu sur Cadre Emploi.com le 05.05.2008
Sous-continent cherche sous-smicard
Vous le savez, nous ne reculons devant aucun obstacle pour vous livrer l’info essentielle, brute et sans fioriture. Celle qui vous permettra de décrocher un poste, puisque telle est notre mission. Pour y parvenir, nous n’hésitons même pas à lorgner du côté des services publics de l’emploi. En l’occurrence de l’ANPE. Qui propose cette annonce.
C’est une offre d’emploi loin d’être inintéressante. On y recherche un développeur Java en CDI, avec un statut d’agent de maîtrise. En plus, l’entreprise est d’une taille respectable (plus de 5000 salariés), ce qui laisse présager de quelques avantages. Cerise sur le gâteau : les débutants sont les bienvenus, pourvu qu’ils soient titulaires d’un BTS ou d’un DUT. Seule obligation : il faut parler anglais. Car le job en question est à Pondichéry, en Inde.
Un premier poste en tant qu’expat ? Voilà qui de quoi doper un CV. D’autant qu’en ce moment, le sous-continent est à la pointe du secteur. Que du tout bon, donc. Drôlement intéressé, on continue la lecture de l’offre alléchante. Ah, le CDI en question est rédigé dans les termes du droit local. Pourquoi pas ? Après tout, la France n’a pas le monopole de l’avancée sociale. Sans a priori, on glisse vers la rubrique « durée hebdomadaire de travail », qui affiche 40 heures au compteur. C’est évidemment un peu plus que ce l’on peut lire sur des offres bien de chez nous. Mais passons. Après tout, la terre entière n’a pas besoin de se rallier aux 35 heures.
Alors voyons un peu le rayon salaire. Bonne nouvelle : la négociation est très ouverte puisque l’annonce propose une fourchette mensuelle allant de 10 000 à 20 000 roupies. Du simple au double. Comme on n’a pas l’habitude d’acheter nos sushis dans cette monnaie, on s’en va dégoter un convertisseur. Qui nous tombe sur la tête. Car la fourchette en question serait plutôt un cure-dent. En plastique. La fenêtre de négociation va de 167 à 334 euros. Trois fois moins que le Smic français.
Comme s’il fallait encore en rajouter dans le masochisme, on jette un œil de moins en moins alanguie à la rubrique « déplacements ». Rien n’y figure, nada. Même pas une formule un tout petit peu rassurante, du genre « prise en charge partielle ». Au prix de l’aller retour Paris-Pondichéry, même en soute, nos informaticiens vont devoir trouver des sponsors pour aller au boulot.
On se calme. Pas question de gâcher ces quelques journées d’entre deux ponts printaniers. Laissons se défendre ceux-là même qui ont mis en ligne cette bizarrerie. Interrogé par Le Parisien qui a dégotté la petite annonce, un porte parole de l’ANPE, précise que l’Agence, « en tant que service public se doit de publier toutes les offres qu'elle reçoit, à partir du moment où elles remplissent les critères légaux du pays concerné. » Soit. Mais le communicant de la grande maison d’ajouter que « si des cadres confirmés ne seront pas forcément intéressés par l’annonce, un jeune en début de carrière pourra l'être, afin de tenter une expérience à l'étranger ».
Finalement, il ne s’agirait donc que d’une forme de stage, puisque le salaire est équivalent à l’indemnité prévue pour un stagiaire français. On peut donc en conclure que l’Agence nationale pour l’emploi donne sa bénédiction à une pratique de plus en plus décriée qui veut qu’un stage ne soit rien d’autre qu’un emploi déguisé. Et sous payé.
Rédigé par Sylvia Di Pasquale/Cadremploi
Ecrit par : violaine | 25.05.2008
Vu sur Edito Cadre Emploi.com le 05.05.2008
Sous-continent cherche sous-smicard
Vous le savez, nous ne reculons devant aucun obstacle pour vous livrer l’info essentielle, brute et sans fioriture. Celle qui vous permettra de décrocher un poste, puisque telle est notre mission. Pour y parvenir, nous n’hésitons même pas à lorgner du côté des services publics de l’emploi. En l’occurrence de l’ANPE. Qui propose cette annonce.
C’est une offre d’emploi loin d’être inintéressante. On y recherche un développeur Java en CDI, avec un statut d’agent de maîtrise. En plus, l’entreprise est d’une taille respectable (plus de 5000 salariés), ce qui laisse présager de quelques avantages. Cerise sur le gâteau : les débutants sont les bienvenus, pourvu qu’ils soient titulaires d’un BTS ou d’un DUT. Seule obligation : il faut parler anglais. Car le job en question est à Pondichéry, en Inde.
Un premier poste en tant qu’expat ? Voilà qui de quoi doper un CV. D’autant qu’en ce moment, le sous-continent est à la pointe du secteur. Que du tout bon, donc. Drôlement intéressé, on continue la lecture de l’offre alléchante. Ah, le CDI en question est rédigé dans les termes du droit local. Pourquoi pas ? Après tout, la France n’a pas le monopole de l’avancée sociale. Sans a priori, on glisse vers la rubrique « durée hebdomadaire de travail », qui affiche 40 heures au compteur. C’est évidemment un peu plus que ce l’on peut lire sur des offres bien de chez nous. Mais passons. Après tout, la terre entière n’a pas besoin de se rallier aux 35 heures.
Alors voyons un peu le rayon salaire. Bonne nouvelle : la négociation est très ouverte puisque l’annonce propose une fourchette mensuelle allant de 10 000 à 20 000 roupies. Du simple au double. Comme on n’a pas l’habitude d’acheter nos sushis dans cette monnaie, on s’en va dégoter un convertisseur. Qui nous tombe sur la tête. Car la fourchette en question serait plutôt un cure-dent. En plastique. La fenêtre de négociation va de 167 à 334 euros. Trois fois moins que le Smic français.
Comme s’il fallait encore en rajouter dans le masochisme, on jette un œil de moins en moins alanguie à la rubrique « déplacements ». Rien n’y figure, nada. Même pas une formule un tout petit peu rassurante, du genre « prise en charge partielle ». Au prix de l’aller retour Paris-Pondichéry, même en soute, nos informaticiens vont devoir trouver des sponsors pour aller au boulot.
On se calme. Pas question de gâcher ces quelques journées d’entre deux ponts printaniers. Laissons se défendre ceux-là même qui ont mis en ligne cette bizarrerie. Interrogé par Le Parisien qui a dégotté la petite annonce, un porte parole de l’ANPE, précise que l’Agence, « en tant que service public se doit de publier toutes les offres qu'elle reçoit, à partir du moment où elles remplissent les critères légaux du pays concerné. » Soit. Mais le communicant de la grande maison d’ajouter que « si des cadres confirmés ne seront pas forcément intéressés par l’annonce, un jeune en début de carrière pourra l'être, afin de tenter une expérience à l'étranger ».
Finalement, il ne s’agirait donc que d’une forme de stage, puisque le salaire est équivalent à l’indemnité prévue pour un stagiaire français. On peut donc en conclure que l’Agence nationale pour l’emploi donne sa bénédiction à une pratique de plus en plus décriée qui veut qu’un stage ne soit rien d’autre qu’un emploi déguisé. Et sous payé.
Rédigé par Sylvia Di Pasquale/Cadremploi
Ecrit par : violaine | 25.05.2008







