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28.05.2008
CARMEN ET L'URSSAF
Je reposais le troisième volume de Millénium. Curieux sentiment de vide. Et le quatrième tome risque de se faire attendre... Si vous avez des infos à ce propos, cher lecteur (h/f), n'hésitez pas à m'en faire part et laissez un petit message sur ce blog. Je posais donc mon livre. Juste à ce moment-là, on frappe vigoureusement à la porte. C'était elle, Carmen bien-sûr, vous l'aurez deviné. (Carmen est enseignante vacataire, professeur d'espagnol dans l'enseignement supérieur. En plus, c'est ma copine. Moi, je suis la copine de Carmen, et accessoirement une vacataire virée de l'enseignement supérieur pour cause de contestation de statut. Si vous voulez en savoir plus, allez voir dans les archives d'octobre. En bas à droite.) C'était bien Carmen.
- T'as fini ton bouquin. On va pouvoir te causer maintenant?
- Je te le prête, pour les vacances.
- Me parle pas des vacances. Déjà en mai, le salaire c'était pas terrible. Mais, en juin, c'est la catastrophe avec ces examens qui sont mal payés. Et en juillet, c'est le vide absolu, plus un sou. Pour Millénium, je veux bien que tu me le prêtes. C'est pas trop noir comme histoire ?
- Non, le bien et la justice triomphent au bout du compte. C'est très moral.
- Pas comme dans la vie, hein? Enfin, je parle de la mienne. Tu crois qu'il y a une justice ? Tu as vu les retraites? Dire qu'il y en a qui manifestaient la semaine dernière pour un an de plus ou de moins de cotisation. Comment veux-tu qu'on y arrive, nous les vacataires, à cotiser suffisamment ? N'empêche qu'on travaille quand même... C'est vraiment pas juste. En plus, ça y est je me suis inscrite. Je suis travailleur indépendant... En « libéral », quoi.
- Hein, t'as fait ça ! Pourtant, je t'avais dit ...
- Dans les écoles du public, les grandes écoles, tu vois, chaque fois que je me présente pour avoir des heures, la première chose qu'on me demande, c'est pas : « Dans quelle université avez vous étudié? Sur quoi portait votre recherche ? » On s'attendrait à ça. Non, on me demande : « Vous avez un employeur principal? » Tu ne serais même pas prof, ils s'en fichent. Mais l'employeur principal, c'est important. Sans ça, c'est pas la peine d'aller plus loin. Et l'année prochaine, je voudrais travailler plus. Tu sais qu'à l'ENTA, il y a Francisco - tu sais qu'il est permanent, lui - qui prend une demi-année sabbatique. Il paraît qu'il va aux Baléares, travailler sur un projet de recherche. Pour un lexique médical. Il a une maison et des amis médecins sur une des îles, je ne sais plus laquelle... C'est pratique. L'école lui paiera juste son salaire comme d'habitude, mais pas le loyer. Il a l'air content. Normalement, il ne donne que six heures de cours. C'est pas beaucoup. C'est normal, il fait de la recherche pour son projet de lexique. Le semestre prochain, je pourrais les faire. J'espère. Six heures là et ailleurs on verra... A condition d'avoir le statut libéral, évidemment. Et si je m'entends toujours avec le chef...
Carmen, tu vas devoir tenir une comptabilité, garder tes factures. Tu vas râler contre les charges, comme le dentiste. Mais tu gagneras quand même beaucoup moins que lui ! Puis Carmen, tu ne voulais pas un bébé ? Comment tu vas faire ? Attends, pleure pas comme ça, Carmen. Je te fais un café ? Tiens, le bouquin, je te le prête tout de suite. Tu verras, c'est super. On reparlera de tes charges une autre fois, d'accord?
10:25 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : enseignement, vacataire, langue, brest, libéral, statut
15.05.2008
LES AVENTURES DE CARMEN : JOUR DE GREVE
Bonjour,
Chut, ne réveillez pas les enfants. Aujourd'hui, c'est jour de grève. Carmen ne sait toujours pas : « Je fais grève, je fais pas grève. J'y vais, j'y vais pas ? » D'un côté, la grève est organisée par les syndicats. Les syndicats, vous aurez compris qu'elle ne les aime pas trop (l'inverse doit être vrai également). Dire qu'elle ne les aime pas, c'est faux d'ailleurs. Elle ne se sent pas concernée. C'est tout. Ils ne parlent pas d'elle. Ils défendent les salariés, oui. Mais elle, elle se situe dans un espace-temps différent. C'est comme si elle était sur une autre galaxie. Comment expliquer autrement les heures supprimées, les congés non payés, les emplois du temps variables, les licenciements abusifs sans préavis ? Mais, quand même, la grève d'aujourd'hui, c'est pour la défense du service public. C'est important que les enfants aillent à l'école, qu'ils aient un enseignement de qualité. Oui, mais qu'elle se dit Carmen, moi aussi je travaille pour le service public, et moi, personne ne m'aide. Les syndicats, ils font comme si les vacataires n'avaient aucun droit ! Ils devraient aller voir sur le blog de Maître Icard, il explique tout. Sûrement que pendant leur formation, le jour où on a parlé des vacataires ils étaient tous à la pêche. Alors au fond, ça sert à quoi d'avoir des droits, si personne ne les défend ? Quand même, aujourd'hui, je lui ai dit à Carmen, c'est pas une grève pour les retraites. (Ne parlez pas à Carmen de sa retraite !) C'est une grève pour le service public, contre les programmes de Darcos, contre la précarité. ..Mais, est-ce qu'ils vont parler des précaires dans les médias ? Au fond, il a raison, le président, on ne peut pas faire confiance à la presse. Et il y a une manif aussi à Brest, aujourd'hui. Carmen, ça lui fait penser aux manifs contre le CPE. Vous vous en souvenez, du CPE ? Carmen se rappelle.
Elle ne comprenait pas ce qu'ils avaient contre le CPE, les jeunes. C'était un contrat de travail, quand même, le CPE. Ils n'ont même pas remarqué que la prof de japonais et le prof d'anglais en rêvaient, eux, d'un contrat première embauche, après vingt ans de métier. Tiens ! Et à cause de la grève, on supprimait les heures de cours (notamment les heures de japonais et d'anglais) et leurs profs vacataires n'étaient pas payés. Ils n'ont pensé pas à ça, les étudiants. A l'ENTA, heureusement pour Carmen, les étudiants n'ont pas fait grève. Pas concernés ! (Pour l'élite de la nation, on prépare le tapis rouge, pas des contrats pourris... ) Quand même, un jour, ça lui a fait tout drôle à Carmen, quand une de ses collègues, une titulaire, a dit « Moi, je vais à la manif contre le CPE. Il faut se battre. Ce qu'ils veulent faire à nos jeunes...tu te rends compte, un contrat pareil, aucune garantie, la précarité ... » La défense des droits, c'est toujours pour les autres, hein Carmen ? Je vous le disais, les vacataires, c'est une autre galaxie, un espace à part. Je crois que Bourdieu explique ça. Si ça vous intéresse, il appelle ça des « champs ». Si vous faites grève, ça vous fera de la lecture. N'oubliez pas le blog de Maître Icard (recherche : vacataires en colère) et Bourdieu... Et Carmen, il faut qu'elle se décide. « J'y vais, j'y vais pas ? Si j'y vais pas, je suis pas payée... »
10:02 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : grève, éducation, vacataire, Brest, service public
12.05.2008
CARMEN ET LE MONDE DE SOPHIE
"Carmen, c'est quoi un « vacataire »? C'est maman qu'a dit que t'es vacataire. C'est pas des méchants les vacataires, hein, Carmen ?"
Même Sophie, s'y met. Sophie, c'est la petite voisine de Carmen, elle a sept ans.Faut dire que depuis que le blog des vacataires en colère est le blog du jour, ça devient insupportable pour Carmen. (Voir la note précédente , cher visiteur (h/f) si c'est votre première visite sur ce site.) Elle est devenue une vraie vedette dans son immeuble. Dans l'escalier elle entend les deux ados du premier qui chantonnent « C’est le règne de l’arbitraire, du pouvoir discrétionnaire ...Tu comprends pas, ouvre le dictionnaire, t’es vacataire ».
La vieille dame au chat, celle qui a une toute petite retraite et ne mange plus qu'un repas par jour, a vu le blog chez l'étudiante du troisième. Elle m'a hélée dans l'escalier, elle trouve qu'on aurait dû mettre la photo de Carmen pour présenter le blog. « Elle est plus belle que Carla Bruni, quand même, et c'est une travailleuse ! » Le monsieur qui travaille à l'arsenal lui a dit ce matin : « Courage Carmen, ça ira! ». Je l'ai déjà dit, je le répète : elle a de la chance Carmen d'avoir des voisins pareils. Elle n'a aucune envie de partir de cet immeuble, même si c'est vrai que c'est un peu petit, un T1 bis pour deux. Et elle rêve en plus de peindre une petite chambre en rose bonbon 'ou en bleu ciel). Mais sur ce point, Bruno est inflexible. « Non, Carmen, un contrat d'abord. »
Sacré succès dans son immeuble, mais qu'est-ce que ce sera au boulot mardi ? A l'ENTA.
Vont pas être contents. J'espère qu'ils ne vont pas la virer. Ce serait une catastrophe. C'est déjà arrivé. Une vacataire, elle travaillait depuis quatre ou cinq ans. Pas très bavarde. Elle donnait des cours de français et d'espagnol. A la fin, elle n'avait pas l'air contente, elle ronchonnait. Et puis à la rentrée suivante, elle n'était plus là. Fabienne, oui, elle s'appelait Fabienne. Il paraît qu'elle était allée voir le directeur pour protester, elle avait vu le syndicat. Et d'un coup, disparue. Un jour, la secrétaire a enlevé son nom de son casier.
Il y en a dit qui ont dit que c'était scandaleux et qu'il fallait envoyer une pétition.
Il y en a qui ont dit : « Pas le temps aujourd'hui, on fera ça demain »
Il y en a dit qui ont dit qu'elle n'avait plus de cours dans aucune école, qu'elle était grillée en quelque sorte.
Il y en a qui ont dit qu'elle l'avait bien cherché.
Il y en a qui ont que c'était comme ça, quand on est vacataire.
Il y en a beaucoup qui n'ont rien dit.
Alors vous vous rendez compte si ça arrivait à Carmen à cause de ce blog ! Vous me direz, elle aurait le temps de lire les trois volumes de Millenium. Mais vaut mieux pas, quand même. On peut compter sur vous, hein? Vous enverriez une pétition, vous feriez une manif avec les voisins de Carmen?
« Pourquoi, t'es vacataire Carmen, t'as fait une bêtise, Carmen?
- Arrête, Sophie, va jouer avec tes Pokémons, c'est des histoires de grandes personnes. »
16:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : vacataire, prof, Brest
08.05.2008
CARMEN N'EST PAS A LA FÊTE
Pas drôle, le mois de mai pour Carmen. Tous ces jours fériés ! Le 1er mai, le 8 mai, la Pentecôte.
Et en plus ces 2 ponts. Le jeudi, c'est pas grave, on ne travaille pas beaucoup dans les écoles de Carmen. Le jeudi après-midi, les étudiants font du sport. Alors, elle a juste une heure. Vous vous rendez compte une heure. Se déplacer pour une heure, au prix de l'essence. Mais le vendredi, elle a quatre heures de cours. Le 2 mai et le 9 mai, ça lui fait 8 heures en moins. Plus lundi ... Carmen est payée à l'heure, alors son salaire de mai....Et en juin, les examens. Et après le 15 juin, plus rien. Elle ne l'avait imaginée pas comme ça, sa vie, Carmen, quand elle a décidé de rester à Brest. Vous vous souvenez ? Elle a passé un an ici dans le cadre des échanges Erasmus. Puis, elle est restée. Pour Bruno, évidemment. Elle se disait qu'aves toutes les écoles supérieurs à Brest, elle pourrait trouver du travail. C'est un vrai prof d'espagnol, vous savez, avec diplôme, stage. Elle a cherché : ANPE, petites annonces, rien. Ses premières vacations, elle les a eues grâce à une copine. Après, on lui a proposé des interventions dans d'autres grandes écoles de Brest. Toujours par relation. On lui a donné des heures. Bruno bondit quand il entend ça, 'donner des heures'. « Le travail, c'est pas un cadeau. On ne dit pas merci au patron, quand même ! » Les vacataires disent comme cela : « X m'a donné 6 heures. » X (h/f), c'est le/la responsable du département langue. En mai et juin, il vaut bien s'entendre avec lui/elle, parce que c'est lui/ elle qui peut décider si vous avez du boulot ou pas. On se rappelle à lui ou à elle discrètement, on lui demande des nouvelles des enfants d'un air intéressé. « Ta voiture est en panne, tu veux un lift ? Pas de problème. » On assure les remplacements au pied levé avec le sourire. « J'avais prévu d'aller au cinéma, mais si ça peut t'aider, je peux le faire. » Il n'y a pas de véritable évaluation du travail de vacataire. Tout est dans le ressenti. Il faut juste avoir le 'look' du vacataire qui assure. Le sourire et ne pas faire d'histoire. Carmen a compris tout ça. En juin, c'est important. Il faut poser la bonne question : « Tu auras des heures pour moi, l'année prochaine? Je t'appelle début septembre, c'est ça ? J'aimerais travailler plus, tu sais » En juin, il faut aussi se renseigner auprès des autres vacataires. Ce sont eux qui savent s'il y a des 'heures à donner' dans l'une ou l'autre école. Alors il vaut mieux bien s'entendre avec ses collègues, pas trop râler, pas piquer le boulot des copains, pas crâner avec de nouvelles méthodes et des idées géniales. Les collègues aussi peuvent te griller. Une petite remarque bien sentie auprès du responsable, et toi, tu quittes le vivier. Sans savoir qui t'a enfoncé ce poignard dans le dos. L'idéal du vacataire, au fond, c'est carpette et gris muraille. Carmen sait tout cela. C'est pour ça qu'à cette saison, elle n'est pas à la fête. Sympa Carmen, hein? Vous (f/h), avec tous ces jours de congés, peut-être que vous avez le temps, alors allez faire un tour dans les archives et lire ses aventures, qui paraissent sur ce blog depuis octobre 2007. Il y a le blues des vacataire, une incursion au pays des jouets, une histoire de SMS, le prix des nouilles... Entre deux épisodes, les syndicats font leur pub aussi. (On parlera des syndicats une autre fois, si vous le voulez bien.) Il est sympa le blog du Télégramme, bien aéré, bien présenté. Et en plus, vous n'êtes n'es pas agressé par la pub. Et tout cela gratuitement. Mieux que Le Monde et Libération. Et en plus, ils m'ont mis en blog du jour. Carpette, moi ? Ben, j'ai été vacataire, moi aussi, c'est vrai. Et si vous voulez savoir, comment ça s'est terminé, allez lire 'Virée'.
(Archives d'octobre)
10:41 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : vacataire, carmen, enseignement, syndicat







