28.05.2008
CARMEN ET L'URSSAF
Je reposais le troisième volume de Millénium. Curieux sentiment de vide. Et le quatrième tome risque de se faire attendre... Si vous avez des infos à ce propos, cher lecteur (h/f), n'hésitez pas à m'en faire part et laissez un petit message sur ce blog. Je posais donc mon livre. Juste à ce moment-là, on frappe vigoureusement à la porte. C'était elle, Carmen bien-sûr, vous l'aurez deviné. (Carmen est enseignante vacataire, professeur d'espagnol dans l'enseignement supérieur. En plus, c'est ma copine. Moi, je suis la copine de Carmen, et accessoirement une vacataire virée de l'enseignement supérieur pour cause de contestation de statut. Si vous voulez en savoir plus, allez voir dans les archives d'octobre. En bas à droite.) C'était bien Carmen.
- T'as fini ton bouquin. On va pouvoir te causer maintenant?
- Je te le prête, pour les vacances.
- Me parle pas des vacances. Déjà en mai, le salaire c'était pas terrible. Mais, en juin, c'est la catastrophe avec ces examens qui sont mal payés. Et en juillet, c'est le vide absolu, plus un sou. Pour Millénium, je veux bien que tu me le prêtes. C'est pas trop noir comme histoire ?
- Non, le bien et la justice triomphent au bout du compte. C'est très moral.
- Pas comme dans la vie, hein? Enfin, je parle de la mienne. Tu crois qu'il y a une justice ? Tu as vu les retraites? Dire qu'il y en a qui manifestaient la semaine dernière pour un an de plus ou de moins de cotisation. Comment veux-tu qu'on y arrive, nous les vacataires, à cotiser suffisamment ? N'empêche qu'on travaille quand même... C'est vraiment pas juste. En plus, ça y est je me suis inscrite. Je suis travailleur indépendant... En « libéral », quoi.
- Hein, t'as fait ça ! Pourtant, je t'avais dit ...
- Dans les écoles du public, les grandes écoles, tu vois, chaque fois que je me présente pour avoir des heures, la première chose qu'on me demande, c'est pas : « Dans quelle université avez vous étudié? Sur quoi portait votre recherche ? » On s'attendrait à ça. Non, on me demande : « Vous avez un employeur principal? » Tu ne serais même pas prof, ils s'en fichent. Mais l'employeur principal, c'est important. Sans ça, c'est pas la peine d'aller plus loin. Et l'année prochaine, je voudrais travailler plus. Tu sais qu'à l'ENTA, il y a Francisco - tu sais qu'il est permanent, lui - qui prend une demi-année sabbatique. Il paraît qu'il va aux Baléares, travailler sur un projet de recherche. Pour un lexique médical. Il a une maison et des amis médecins sur une des îles, je ne sais plus laquelle... C'est pratique. L'école lui paiera juste son salaire comme d'habitude, mais pas le loyer. Il a l'air content. Normalement, il ne donne que six heures de cours. C'est pas beaucoup. C'est normal, il fait de la recherche pour son projet de lexique. Le semestre prochain, je pourrais les faire. J'espère. Six heures là et ailleurs on verra... A condition d'avoir le statut libéral, évidemment. Et si je m'entends toujours avec le chef...
Carmen, tu vas devoir tenir une comptabilité, garder tes factures. Tu vas râler contre les charges, comme le dentiste. Mais tu gagneras quand même beaucoup moins que lui ! Puis Carmen, tu ne voulais pas un bébé ? Comment tu vas faire ? Attends, pleure pas comme ça, Carmen. Je te fais un café ? Tiens, le bouquin, je te le prête tout de suite. Tu verras, c'est super. On reparlera de tes charges une autre fois, d'accord?
10:25 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : enseignement, vacataire, langue, brest, libéral, statut
08.05.2008
CARMEN N'EST PAS A LA FÊTE
Pas drôle, le mois de mai pour Carmen. Tous ces jours fériés ! Le 1er mai, le 8 mai, la Pentecôte.
Et en plus ces 2 ponts. Le jeudi, c'est pas grave, on ne travaille pas beaucoup dans les écoles de Carmen. Le jeudi après-midi, les étudiants font du sport. Alors, elle a juste une heure. Vous vous rendez compte une heure. Se déplacer pour une heure, au prix de l'essence. Mais le vendredi, elle a quatre heures de cours. Le 2 mai et le 9 mai, ça lui fait 8 heures en moins. Plus lundi ... Carmen est payée à l'heure, alors son salaire de mai....Et en juin, les examens. Et après le 15 juin, plus rien. Elle ne l'avait imaginée pas comme ça, sa vie, Carmen, quand elle a décidé de rester à Brest. Vous vous souvenez ? Elle a passé un an ici dans le cadre des échanges Erasmus. Puis, elle est restée. Pour Bruno, évidemment. Elle se disait qu'aves toutes les écoles supérieurs à Brest, elle pourrait trouver du travail. C'est un vrai prof d'espagnol, vous savez, avec diplôme, stage. Elle a cherché : ANPE, petites annonces, rien. Ses premières vacations, elle les a eues grâce à une copine. Après, on lui a proposé des interventions dans d'autres grandes écoles de Brest. Toujours par relation. On lui a donné des heures. Bruno bondit quand il entend ça, 'donner des heures'. « Le travail, c'est pas un cadeau. On ne dit pas merci au patron, quand même ! » Les vacataires disent comme cela : « X m'a donné 6 heures. » X (h/f), c'est le/la responsable du département langue. En mai et juin, il vaut bien s'entendre avec lui/elle, parce que c'est lui/ elle qui peut décider si vous avez du boulot ou pas. On se rappelle à lui ou à elle discrètement, on lui demande des nouvelles des enfants d'un air intéressé. « Ta voiture est en panne, tu veux un lift ? Pas de problème. » On assure les remplacements au pied levé avec le sourire. « J'avais prévu d'aller au cinéma, mais si ça peut t'aider, je peux le faire. » Il n'y a pas de véritable évaluation du travail de vacataire. Tout est dans le ressenti. Il faut juste avoir le 'look' du vacataire qui assure. Le sourire et ne pas faire d'histoire. Carmen a compris tout ça. En juin, c'est important. Il faut poser la bonne question : « Tu auras des heures pour moi, l'année prochaine? Je t'appelle début septembre, c'est ça ? J'aimerais travailler plus, tu sais » En juin, il faut aussi se renseigner auprès des autres vacataires. Ce sont eux qui savent s'il y a des 'heures à donner' dans l'une ou l'autre école. Alors il vaut mieux bien s'entendre avec ses collègues, pas trop râler, pas piquer le boulot des copains, pas crâner avec de nouvelles méthodes et des idées géniales. Les collègues aussi peuvent te griller. Une petite remarque bien sentie auprès du responsable, et toi, tu quittes le vivier. Sans savoir qui t'a enfoncé ce poignard dans le dos. L'idéal du vacataire, au fond, c'est carpette et gris muraille. Carmen sait tout cela. C'est pour ça qu'à cette saison, elle n'est pas à la fête. Sympa Carmen, hein? Vous (f/h), avec tous ces jours de congés, peut-être que vous avez le temps, alors allez faire un tour dans les archives et lire ses aventures, qui paraissent sur ce blog depuis octobre 2007. Il y a le blues des vacataire, une incursion au pays des jouets, une histoire de SMS, le prix des nouilles... Entre deux épisodes, les syndicats font leur pub aussi. (On parlera des syndicats une autre fois, si vous le voulez bien.) Il est sympa le blog du Télégramme, bien aéré, bien présenté. Et en plus, vous n'êtes n'es pas agressé par la pub. Et tout cela gratuitement. Mieux que Le Monde et Libération. Et en plus, ils m'ont mis en blog du jour. Carpette, moi ? Ben, j'ai été vacataire, moi aussi, c'est vrai. Et si vous voulez savoir, comment ça s'est terminé, allez lire 'Virée'.
(Archives d'octobre)
10:41 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : vacataire, carmen, enseignement, syndicat
27.04.2008
Carmen n'a plus rien à se mettre
Carmen – si vous êtes un habitué(h/f) de ce blog, vous connaissez mon amie Carmen, prof d'espagnol vacataire dans les Grandes Ecoles de Brest et région. Dans le cas contraire, pas de problème, rattrapage (gratuit) en ligne. Et si vous voulez vraiment tout savoir et tout comprendre, lisez les archives jusqu'en octobre 2007. Moi, j 'étais chez elle cet après-midi. J'ai tout de suite vu qu'elle avait un problème : elle allait de la chambre au salon (vous vous souvenez, il est petit, son appart), retournait dans la chambre, ouvrait la porte de sa penderie, prenait un vêtement, le regardait en soupirant, le roulait en boule et l'envoyait avec rage dans un coin de la pièce, où il y avait déjà un joli petit tas. Bon, vous aurez compris, Carmen n'a plus rien à se mettre.
« Une petite robe, ce serait mieux quand même, non? Mais, il me faudrait des chaussures. Pour les sandales, il fait peut-être encore froid. Et puis, t'as vu, sur ma robe, il y a une tache. Des jeans, tu dis. Un T-shirt et et un pull, au cas où ... En plus, Bruno ne veut pas venir à cette soirée. Pourquoi? Il dit qu'il n'aime pas les cumulards, qu'il va la jeter dans la piscine. Oui, il y a une piscine ... une petite pour les enfants. T'as raison, une piscine à Brest ... Si, moi je vais y aller, je l'aime bien, cette fille. Elle s'appelle Anne, d'ailleurs. On boit souvent un café ensemble le vendredi soir. C'est le seul jour où elle a un peu de temps. Sinon, elle est toujours pressée. On n'est pas nombreux à cette heure-là, 18 heures. Presque tous les permanents sont partis. C'est un horaire de vacataire, on dit comme ça, ici. C'est un peu sinistre quand on finit à 7 heures et demie ou 8 heures. D'un autre côté, on est tranquilles pour discuter un peu avant le cours. Elle travaille dans un collège, elle est titulaire et ça fait au moins 15 ans qu'elle fait des vacations à l'ENTA. C'est pour ça que Bruno dit que c'est une cumularde, mais elle est sympa. Les vacations ici et là, elle dit que c'est pour les vacances des enfants, la neige et tout. C'est cher les enfants, on dirait. Alors, c'est clair qu'elle galère un peu - jongler avec tous les emplois du temps - elle arrive pile à l'heure ou un peu après. Dans deux grandes écoles qu'elle va pour faire des heures sup. Bruno dit que c'est scandaleux, évidemment. Il est comme ça, Bruno. Mais, avant, des profs qui faisaient des heures sup, il y avait encore beaucoup plus. Mais maintenant qu'il dit, il y a plein de profs au chômage, alors voir des gens qui cumulent, ça l'énerve un peu, Bruno. D'un autre côté, je lui ai expliqué, que pour travailler dans la plupart des Grandes Ecoles publiques, il faut un employeur principal. Eux, pas de problème. Et il paraît que les profs du secondaire, comme ils travaillent déjà pour l'Etat, ils sont moins chers que nous, les vacataires. On ne doit pas payer toutes les charges. Je ne voudrais pas être méchante, mais, Anne, si on la payait vraiment pour ce qu'elle fait, avec ou sans charge, elle coûterait pas cher à l'Etat ... Je te balance une cassette vidéo. Merci Almodovar ! Ou un petit exercice de conjugaison. Merci la photocopieuse ! De temps en temps, quand elle est vraiment trop à la bourre, je lui file un cours. C'est normal, elle a pas le temps de préparer ses cours. Je vais quand même y aller à cette fête. C'est la crémaillère de sa nouvelle maison, avec (petite) piscine. Sûrement qu'il va y avoir un tas de profs. Au fond, c'est mieux que Bruno ne vienne pas, lui qui n'aime pas trop les profs. Faut pas exagérer, ils sont pas tous cumulards. Et puis, elle est sympa Anne. Et quand elle part en vacances, ou qu'elle a vraiment trop de boulot, c'est à toujours à moi qu'elle demande de la remplacer. C'est sympa de sa part, ça me fait des heures en plus. En ce moment, comme tout est cher... Bon, je mets un jeans et un pull. Mais tu sais, toi, de quoi ils causent les profs ? Ils parlent de politique, de boulot, de leurs élèves? T'aurais pas envie de venir?»
Non, j'ai rien à me mettre ! Tu me raconteras.
18:42 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : cumul, vacataire, syndicat, enseignement
08.04.2008
ON EMBAUCHE !!!!
Chers visiteurs (f/h), bienvenue sur ce blog. J'allais vous parler, une fois de plus, de mon amie Carmen. Carmen, vous savez, mon amie vacataire. Souriante et sympa. Là, j'étais en train de rêver devant mon écran blanc - vous n'imaginez pas comme c'est dur d'écrire pour des lecteurs anonymes – et voilà on sonne à la porte. C'était elle, justement, Carmen.
- »Vakater, me dit-elle, j'ai pensé à toi. »
Entre nous, cela ne m'étonne pas, Carmen pense toujours aux autres. Si la discipline « empathie » était représentée aux Jeux Olympiques, elle raflerait plein de médailles, juste un peu moins que le Dalaï Lama, quand même.
« Regarde. Il y a une offre à l'ENTA . Ils veulent embaucher un prof de français langue étrangère. C'est le boulot que tu faisais avant de te faire virer, non? Tu dois postuler...
-Hein, mais Carmen... Ils m'ont virée justement parce que je demandais un poste, ou du moins un contrat de travail. Faut dire, comme ils étaient réticents, j'ai déposé ma demande au tribunal administratif. C'est pas une bonne base pour des relations amicales. Et puis, ils ont eu peur que je fasse école, que j'organise une rébellion des vacataires. Rien à craindre pourtant, les vacataires, c'est pas le genre à prendre d''assaut le Palais d'Hiver tous les matins. Enfin, résultat, virée...
- C'était une mesure disciplinaire. Et alors ... Tu as fait le boulot pour lequel ils veulent embaucher quelqu'un. Tu dois écrire, toi aussi. Evidemment, ils disent qu'ils souhaitent un doctorat. Souhaiter, c'est pas exiger... D'ailleurs, t'as vu, ils mettent même pas en quoi il faut avoir écrit une thèse. Justement, mon dentiste me disait qu'il en a marre, je vais lui dire ...
-Beaucoup de boulot, quand même, des cours, du travail administratif, recherche ...
-Je pars, je dois voir Bruno. Ecris ta lettre, toi ...
- Mais, Carmen, je n'ai aucune chance...
-Si tu n'écris pas, c'est clair. Et en plus, ils diront qu'au fond, tu n'étais pas intéressée par le poste, que tu n'avais pas envie de faire de la recherche. Tu te rends compte, ils veulent embaucher quelqu'un de l'extérieur alors que des vacataires font ce boulot d'enseignement du FLE depuis des années. C'est scandaleux, non? »
Carmen est rentrée chez elle. Moi, j'étais convaincue. Au lieu d'écrire une nouvelle note pour ce blog, j'ai répondu à l'annonce de l'ENTA ( l'ENTA est dans notre 'second life' du blog une grande école nationale où on s'occupe principalement des nouvelles technologies de la communication. Motus, j'ai pas dit ....). J'ai parlé de mes qualifications, de mes connaissances, de mes savoir-faire et savoir-être qui avaient été évalués plus d'une fois. J'ai parlé d'un projet de recherche super intéressant ... Mais honnêtement, je crois que j'ai peu de chances. Parce que, s'ils m'ont virée, c'est pour ne plus me voir. Mais vous, peut-être que ça vous intéresse. N'hésitez pas à répondre. Pour les lecteurs (f/h) de ce blog qui habitent dans d'autres régions, sachez que Brest est une ville fabuleuse. Bon, je vous donne le lien.
http://www.institut-telecom.fr/p_fr_recrut_camp08_ensch_04TB_1023.html
N'hésitez pas à répondre à cette annonce. Et puis, j'avais oublié. Ils cherchent aussi une perle rare pour enseigner l'anglais. Je veux dire, quelqu'un de vraiment bien, pas comme tous ces professeurs d'anglais vacataires qui travaillent dans cette école depuis des années. Tous des incapables, en fait. Je me demande pourquoi on leur donne des heures de cours, année après année. Ils n'ont pas de contrat, on pourrait les virer facilement. J'en connais un qui travaille là depuis 17 ans. Il ne sera pas embauché. Il continuera probablement à enseigner comme vacataire. Mais, vous ... Bonne chance.
http://www.institut-telecom.fr/p_fr_recrut_camp08_ensch_03TB_1021.html
Et le pire, vous savez ce que c'est, s'ils trouvent leurs super profs géniaux grâce à mon blog, qui a une sacré diffusion maintenant, ils ne penseront même pas à me dire merci.
14:43 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : vacataire, précaire, embauche, enseignement
15.03.2008
Carmen a (encore) un problème
Bonjour,
Pour en savoir plus si les origines de ce blog (encore une sombre histoire de vacataire mal luné) et les aventures de Carmen, allez faire un tour dans les archives. Vous saurez tout ou presque sur 'Carmen et le prix des nouilles', 'Carmen au pays des jouets' ... Appel aux commentaires du service public brestois ...
On ne parle plus que de ça, l’augmentation du coût de la vie. Dans l’immeuble de Carmen, ça râle à tous les étages. Employées, étudiantes, ouvriers, retraités et pères de familles ( choisissez vous-même le genre grammatical qui vous convient). Travailler pour gagner plus. Justement, on lui propose de travailler plus à Carmen. N’oubliez qu’elle est prof d’espagnol vacataire et qu’elle a perdu des heures après Noël. Avec le prix des nouilles et de l’essence… Et voilà que, jeudi, le chef de département de l’ENTA fait venir Carmen dans son bureau.
« Tu voudrais plus d’heures, non ? »
Il lui explique que B. - le chef de département d’une autre grande école publique de la région brestoise qu’il connaît bien (évidemment, ils se connaissent tous) – lui a fait part de ses besoins : un ou une vacataire qui assure 4 heures d’espagnol/semaine. Peut-être plus pour l’année prochaine. Mais pas sûr. Le problème, c’est que ce ou cette vacataire doit avoir un employeur principal. Un employeur principal, c’est super. Vous êtes sûr comme ça que votre vacataire ne va pas venir un jour vous embêter en brandissant le code du travail et en réclamant un contrat. Imaginez la pagaille : tous les vacataires qui protestent… Imaginez cette cacophonie. Tous les vacataires au Tribunal administratif . « Je travaille 6 heures/semaine depuis 10 ans, 8 heures depuis 4 ans…J’ai droit à … ». D’où l’utilité de l’employeur principal. Ouf… Heureusement qu’il est là. De toute façon, les directives sont strictes. On ne transige pas. Et puis des professeurs avec un employeur principal, on en trouve évidemment qui n’ont rien contre le cumul, une pratique pourtant réprouvée par les instances officielles de leurs syndicats. Un peu plus de beurre dans les épinards, ça ne se refuse pas, surtout avec le petit qui est à la fac et le prix des vacances à la neige. Mais cette fois, B. a beaucoup de mal, pas de cumulard pour les cours de lundi 18 heures, mardi 12 heures, mercredi 8 heures. Aucun professeur en poste n’est prêt à assurer cet emploi du temps. Comme un problème dans son vivier.
« Je sais, Carmen, tu n’as pas d’employeur principal. Mais, tu es intelligente, tu as envie de travailler. Tu pourrais t’inscrire en libéral comme Alison, la prof d’anglais. Pour elle, ça roule… C’est vrai, il y a moins de travail en espagnol. Mais réfléchis, si tu veux ces heures, tu t’inscris à l’URSSAF. D’ailleurs, c’est pareil pour la professeur d’allemand. Si elle choisit pas le statut libéral, on ne pourra pas la garder. Dommage, ça fait 7 ans qu’elle travaille ici. Mais les directives sont claires.»
Vous imaginez bien que Carmen réfléchit. Travailler plus à condition de choisir le statut libéral. C’est cornélien…
Faire des factures comme le garagiste et le plombier. Tenir une comptabilité. Se joindre à l’équipe des geignards : « Mes charges … » . Comme toutes les écoles n’accepteraient pas de la payer à la facture. Elle cotiserait donc à deux caisses de sécurité sociale. Et la retraite en libéral, ce n’est pas brillant. Tout le monde sait ça. Et l’Urssaf . L’Urssaf, le grand méchant loup dans le recueil des contes d’entreprises. Carmen sait tout cela et elle a un peu peur. Et Bruno, qui n’est pas d’accord.
« Enseigner, c’est la fonction d’une école. Non ? C’est un établissement public. Carmen, ton travail relève du service public. T’inscrire en libéral pour exécuter un travail qui relève du service public, c’est le délire.»
Ce qui dérange Carmen, c’est qu’en plus, elle ne cotisera pas au chômage. Travailler 10 , 15 ou 20 ans et n’avoir droit à rien… Et puis, le bébé, Carmen en rêve toujours. Et les congés de maternité en libéral, ce n’est pas génial. Réfléchis bien Carmen…
Je pense qu'on va la laisser réfléchir tout le week-end. Que va-t-elle faire ? Le suspens risque d’être insoutenable pour vous, je m’en doute. Pour vous détendre, allez faire un tour, peut-être dimanche dans votre bureau de vote… Bon samedi et à bientôt...
09:31 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : vacataire, précaire, urssaf, langue, prof, enseignement
05.03.2008
Carmen et les EVS
Carmen a une bonne copine qui travaille dans une école primaire de Brest et fait plein de choses indispensables. Des choses prévues dans son contrat ... et d'autres pas. Donc, on n'en parle pas ici... C'est un contrat EVS, un contrat aidé. Vous connaissez? La copine de Carmen est contente d'avoir ce boulot, parce qu'à son âge... Evidemment, elle ne touche pas un gros salaire. Ce n'est pas comme si elle avait un poste de secrétaire. Je dis secrétaire, parce que c'est un peu le travail qu'elle fait. La directrice lui a dit : "Écoute, l'année prochaine ... Je ne pense pas que ton contrat..." La copine de Carmen, furieuse, a écrit une lettre au président Sarkozy, spécifiant qu'elle voulait travailler, qu'elle aimait ce travail. Voici donc la réponse qu'elle a reçue :
La réponse du Président aux EVS
Nous publions ci-dessous la réponse que reçoivent les EVS sous CAV inquiets pour leur avenir, qui écrivent au Président Sarkozy.
M ,
Vous avez appelé l’attention du Président de la République, qui a transmis votre message à M. Xavier DARCOS, Ministre de l’Education nationale, sur l’arrivée à échéance de votre contrat d’avenir (CAV) ayant permis de vous recruter en qualité d’emploi vie scolaire dans les services de l’éducation nationale.
Les recrutements d’emplois vie scolaire par contrats aidés répondent à un double objectif : satisfaire certains besoins jusque là non couverts dans les établissements scolaires et constituer une première étape d’un parcours d’accès ou de retour à l’emploi. Ce dernier objectif explique que votre contrat ait eu une durée limitée, sans possibilité de renouvellement.
Néanmoins, un entretien individuel de diagnostic doit vous être proposé à son échéance par l’ANPE. Cet entretien permet d’examiner les possibilités qui s’offrent à vous en matière d’emploi. Si aucun entretien ne vous a été proposé, je vous invite à contacter un conseiller dans l’agence la plus proche de chez vous. La liste et les coordonnées des agences ANPE figurent sur leur site Internet (www.anpe.fr).
En outre, le ministère de l’Education nationale aide ses anciens agents à trouver un emploi dans les meilleures conditions possibles.
Ainsi, à la fin de votre contrat, vous recevrez une attestation de compétence sur laquelle figureront les activités et compétences que vous avez développées durant votre recrutement. Grâce à cette attestation, vous pourrez notamment accéder aux dispositifs de validation des acquis de l’expérience qui peuvent vous permettre d’obtenir un diplôme en fonction des activités et compétences développées.
Concrètement, vous pouvez vous présenter auprès des services responsables du dispositif académique de validation des acquis (DAVA) de votre rectorat. Vous trouverez la liste et les coordonnées des rectorats sur le site Internet du ministère de l’Education nationale (www.education.gouv.fr).
L’obtention éventuelle d’un diplôme grâce à ces dispositifs, ainsi que l’expérience acquise durant votre recrutement par contrat aidé, pourront ainsi faciliter vos démarches en vue d’accéder à un nouvel emploi.
Je vous prie de croire, M , en l’assurance de mes sentiments les meilleurs.
La réponse du Président aux EVS
mardi 19 février 2008, par *, AC ! 54. Voir leur site. http://exil.ac.eu.org/spip.php?rubrique16
La copine de Carmen est un peu triste. Elle a été embauchée parce qu'elle ne trouvait pas de travail ailleurs. "Trop vieille...", luis disait-on. Et maintenant.
09:30 Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : EVS, vacataires, précaires, Brest, enseignement
25.02.2008
Appel à projet d'écriture ...
Chère lectrice, cher lecteur,
Il y a quelques mois, Carmen nous a chanté le blues des vacataires, dont vous trouverez les paroles ci-dessous.
J'avoue que je ne suis pas très satisfaite de ce texte, écrit un peu vite. Vous pourriez pas nous aider un peu, ajouter, compléter...
Figurez-vous que Bruno a trouvé des copains qui sont prêts à le chanter en public...
Donc on attend vos propositions. Merci
« Après les angoisses du début d’année
T’as travaillé trois mois, toujours pas payée
Et les heures supprimées, pas rémunérées
T’auras pas de contrat, c’est l’Etat
N’attends pas le syndicat, il est pas là
Gare à toi, sois toujours sympa
C’est le règne de l’arbitraire, du pouvoir discrétionnaire
Si ça te plaît pas, tu peux rentrer chez ta mère
Tu comprends pas, ouvre le dictionnaire, t’es vacataire » ;
Le refrain, si je me souviens bien, était plutôt simple :
Tu ne peux rien changer
Si tu protestes, tu te fais virer
Des bottes, tu devras lécher
Surtout, ne te fais pas détester
10:38 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : blues, vacataires, enseignement, chanson, brest
20.01.2008
L'AFFAIRE DU RHÔNE : FLE ATTAQUE
Quand on reparle de FLE Attaque. Merci pour le message retransmis par Violaine
L'AFFAIRE DU RHONE
Voici un article de Carole Bianchi publié dans 20 minutes qui présente la désastreuse suite de l’Affaire du Rhône
LES COURS DU PREFET CHAHUTES PAR DES PROFS
Le dispositif d'apprentissage du français aux étrangers récemment annoncé par la préfecture du Rhône ne fait pas l'unanimité. Basé sur le volontariat de cent trente-sept retraités de l'Education nationale et agents de la préfecture formés depuis hier sur le campus de Bron, ce dispositif « dévalorise » les professeurs diplômés, selon un collectif d'enseignants et le syndicat Rhône-Alpes des personnels de la formation (Syrafor).
Ce dernier, affilié à la CFDT, a fait part de ses inquiétudes dans une lettre envoyée hier au préfet, Jacques Gérault. Tout comme le collectif de professeurs de français langue étrangère (FLE) Attaque. « Des professeurs sont formés pour enseigner le français aux étrangers. Nous avons tous entre bac + 4 et bac + 8, alors que les personnes recrutées par la préfecture vont être formées en quatre jours. Notre métier est totalement ignoré », s'indigne Aurélie Tardy, 32 ans, relais du collectif FLE Attaque.
Cette professeure qui enseigne depuis 1999 dans le Rhône explique par ailleurs que sa profession, où les vacations sont nombreuses, reste très précaire et méconnue. « Pour une fois qu'un projet était mis en place, nous ne sommes pas sollicités. C'est dévaloriser le diplôme que les étrangers obtiendront à la fin », poursuit-elle.
« Cette position n'est pas fondée, assure Alain Régnier, préfet délégué pour l'égalité des chances qui a participé à l'élaboration du dispositif. Les enseignants ne vont pas être lésés, car ils seront davantage sollicités pour faire passer les épreuves du diplôme. » Il explique d'ailleurs vouloir travailler main dans la main avec les six organismes de formation du département, qu'il doit rencontrer aujourd'hui. »
Alors que conclure après ce nouvel épisode ? Eh bien que malgré la mobilisation des profs de FLE, le préfet délégué Alain Régnier continue de se foutre de nous puisqu’il nous assure que nous ne serons pas « lésés, car [nous serons] davantage sollicités pour faire passer les épreuves du diplôme. » Je suis vraiment rassuré.
Cependant, juste une question : les profs de FLE ne sont-ils là QUE pour faire passer des examens ? Ou bien est-ce que, si ça ne dérange pas trop, on pourrait donner aussi quelques cours ? Quant aux retraités de l’Education Nationale et de la préfecture, puis-je suggérer qu’ils aillent tranquillement en retraite au lieu de nous piquer notre boulot !
21:16 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : FLE attaque, vacataires, enseignement, Brest
20.10.2007
vakater blues (suite)
Je suis revenue vous parler de Carmen. Vous ne l’avez pas oubliée ? Elle a apporté cette semaine sa modeste, mais méritoire, contribution à la formation intellectuelle de l’élite de la nation : 5 heures d’espagnol à l’ENTA. Elle était toute fière, toute contente, comme un gamin qui aurait décroché … Mais la rencontre avec les autres vacataires a mis un sacré bémol à son enthousiasme juvénile. Oui, elle a rencontré les professeurs d’allemand, anglais, arabe, chinois, espagnol, français, japonais, portugais, russe (voyez, pour ne blesser aucune susceptibilité, je respecte l’ordre alphabétique), qui travaillent à l’école. Des femmes majoritairement. Et, comme on dit poliment, d’un certain âge. « Moi, ça ne m’arrivera jamais, a pensé Carmen, à cet âge-là, moi, j’aurai un emploi stable. » Le pire, c’est que, comme elle est nouvelle, à la pause autour d’un café imbuvable servi dans un gobelet en plastique, les collègues ont voulu lui faire entendre le « blues du vacataire». Ce n’est pas un chant révolutionnaire qui vous mène au combat, c’est une chanson clandestine qu’on chante entre soi sans surtout élever la voix. Vous avez de la chance, j’ai noté le texte.
« Après les angoisses du début d’année
T’as travaillé trois mois, toujours pas payée
Et les heures supprimées, pas rémunérées
T’auras pas de contrat, c’est l’Etat
N’attends pas le syndicat, il est pas là
Gare à toi, sois toujours sympa
C’est le règne de l’arbitraire, du pouvoir discrétionnaire
Si ça te plaît pas, tu peux rentrer chez ta mère
Tu comprends pas, ouvre le dictionnaire, t’es vacataire » ;
Le refrain, si je me souviens bien, était plutôt simple :
Tu ne peux rien changer
Si tu protestes, tu te fais virer
Des bottes, tu devras lécher
Surtout, ne te fais pas détester
Quand Carmen a voulu introduire une note plus positive, on lui a répondu avec toujours les variations du même thème : T’as aucun droit, ici c’est chacun pour soi.
Si j’ai mal noté les paroles, si j’ai oublié une ligne, vous pouvez me contacter. Le blues, elle est en train d’en faire un rap.
09:50 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : brest, écoles, enseignement, rap, vacataires
12.10.2007
LES AVENTURES DE CARMEN
Mon objectif, en créant ce blog, n'était pas de régler des comptes personnels, mais de contribuer à faire connaître la situation des vacataires, de devenir - en toute modestie - la "porte-parole" d'un groupe dont les revendications légitimes ne sont jamais relayées par la presse. Je veux parler de la situation des enseignants vacataires. La situation que je connais le mieux, c'est celle des professeurs de langues étrangères. Si ça vous intéresse.
Alors imaginez : Vous avez fait des études de langue, puis vous avez séjourné à l'étranger, vous avez une formation pédagogique. Non je me trompe, vous êtes madrilène, vous avez fait des études de français et d'espagnol, vous avez choisi de vivre à Brest, parce que pour vous, c'est la plus belle ville du monde. Vous aurez certainement envie d'enseigner l'espagnol, votre langue maternelle. Vu le nombre d'écoles supérieures, vous vous dites que cela ne doit pas être si difficile, si on a les diplômes requis. Vous allez appliquer bien sûr les techniques de recherche d'emploi classiques. D'abord, vous allez être surpris, car il n'y a aucune offre de ce genre à l'ANPE, ni dans les journaux. Mais justement, par chance, vous connaissez quelqu'un qui connaît quelqu'un qui s'entend bien avec un responsable dans une école et ils ont besoin de quelqu'un en espagnol. La première question que l'on vous posera lors de l'entretien vous étonnera sans doute : "Vous avez un employeur principal. Vous ne pouvez pas travailler chez nous sans employeur principal." Un employeur principal ? Je vous explique : la présence d'un employeur principal garantit que vous n'allez pas, après quelques années, réclamer indûment un poste. De plus dans certains cas, si vous avez un poste à temps plein, votre nouvel employeur n'aura pas à payer la totalité des charges. Dans ce secteur d'activité, on donnera donc de préférence du travail aux personnes qui n'en ont pas besoin. Cela ne vous arrange guère, évidemment. Mais on trouvera une solution. Peut-être, le portage salarial. Pas très répandu évidemment, car c'est un service payant. On suggèrera aussi que vous deveniez votre propre employeur en créant votre petite entreprise. Vous deviendrez donc prestataire de service du service public. Vous trouvez que c'est bizarre. Votre prestation, l'enseignement, relève du service public, surtout dans une école publique. Les mauvaises langues vous diront bien sûr que c'est un cas de salariat déguisé, qu'il y a un lien de subordination. Ne les écoutez pas, vous voulez travaillez, non? Certaines écoles, heureusement, n'ont pas cette exigence. Bon, pour vous tout s'arrange, vous avez des heures. Bienvenue au vivier ! Sachez quand même que le nombre d'heures que vous pourrez faire dans une école est plafonné. Toujours pour éviter toute velléité de titularisation. Si vous avez de la chance, vous aurez assez de travail en partageant votre temps entre 2 ou 3 écoles. Ecolo ou pas, tant pis, vous consommerez pas mal de carburant. J'oubliais de vous dire que vous serez payé pour les heures de cours réellement donnée. Donc pas de grippe cet hiver et évitez le ski, trop dangereux. D'ailleurs les vacances, comme vous ne serez pas payé, évitez les grosses dépenses. Et puis question sécurité de l'emploi, ce n'est pas idéal. C'est ce que répondra le banquier quand vous lui demanderez un prêt (pour acheter une voiture moins polluante). Mais quand on a du travail aujourd'hui... A bientôt. Votre nom, c'est Carmen ?
15:15 Publié dans Enseignement | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Brest, écoles, enseignement, presse







