15.12.2007

CARMEN ET LE PRIX DES NOUILLES

Vous connaissez ma copine Carmen. (Si vous arrivez sur ce blog, rattrapez vite le temps perdu et lisez nos archives.) Je suis allée la voir ce matin, justement, ma copine Carmen. Quand je suis arrivée sur son palier, elle discutait avec ses voisins. Ils parlaient du temps.
« Il fait froid, sale temps pour les pauvres. »
Et les voisins de renchérir.
« Il fait froid, mais le problème, c’est pas le froid, c’est le prix du gaz. »
Vous l’aurez compris, on se chauffe au gaz chez Carmen.
« Et les SDF, tu crois qu’ils aiment ça, le froid ? Ils s’en fichent, les SDF, qu’on skie ou pas à Noël… Combien de SDF, en France ? Plus de 100 000, non ? Et il y en a qui travaillent… et avec des enfants.
- Et en plus, vous avez vu dans le Télégramme, ça fait 29 % d’augmentation en trois ans chez Edouard Leclerc et les autres. Et toi, Carmen, ils t’augmentent tes patrons ? »
Carmen ne répond pas, elle a un gros souci. Elle vient d’apprendre qu’un de ses cours s’arrête après Noël. Alors si, en plus, le prix des nouilles continue à augmenter.
« 32,8 % les nouilles depuis 2004 » ! C’est écrit dans le Télégramme. C’est qu’c’est vrai.
- D’ailleurs, vous n’avez qu’à regarder, dans les supermarchés. Tout le monde baisse les yeux, ça devient une habitude. D’abord voir le prix dans les rayons du bas, discrètement. On a sa fierté. Et puis les ménagères qui tournent et retournent le jambon éco pour trouver quelque chose de mangeable à mettre dans les nouilles au beurre. Et la caissière qui s’excuse presque, et compatit, 72 Euros, pour presque rien.
-Tu ne pourrais pas trouver un job à la fac Carmen avec tous tes diplômes ?
-Tu as vu tout ce qu’elle a promis la ministre, la blonde, pour les étudiants, histoire de calmer les lycéens ? Des heures de langue en plus, non ?
-Tu crois qu’on va créer des postes ? »
Non, Carmen, désolée de te décevoir. Les syndicats réclament, certes, des créations de postes statutaires. Mais la blonde ministre a déjà répondu : travailler plus pour gagner plus, augmenter le nombre de vacataires et faire travailler les bénévoles.
« Et la redevance, tu te rends compte, la vieille dame du troisième avec son chat. Elle a déjà du mal, elle, à payer les nouilles, non ? C’est prendre l’argent dans des poches vides,ça… »
Je suis partie. Elle a de la chance, Carmen, d’avoir des voisins comme ça. Il faudra que je lui dise.