20.06.2008

LES EVS N'AIMENT PAS LES VACANCES

Carmen est passée me voir, ce matin. Elle est pratiquement en vacances. Si vous la croisez, ne lui parlez surtout pas de vacances, Elle risquerait de mal le prendre. D'ailleurs, elle est d'assez mauvaise humeur. Tout ça parce que ses élèves voulaient savoir s'ils la reverront en septembre. " On continue avec vous l'année prochaine, Madame ? " C'était leur dernier cours. Tous occupés à parler de voyages, de l'Euro 2008 en avalant des olives et la tortilla de Carmen, sa spécialité, en fait le seul plat qu'elle sache préparer. Il y en a un qui a insisté " Vous ne voulez pas nous dire? On sera avec vous en B1? " Il avait la bouche pleine. Elle n'a pas répondu, et lui, il a continué à manger. Il a sûrement oublié. De toute façon, il était l'heure. Elle s'est levée pour tout remballer, les olives, les jus de fruits, les gobelets. " Bonnes vacances, Madame! Merci pour le pot ! À la rentrée ! " Carmen a fait un tour dans les couloirs. Personne pour lui serrer la main. Personne pour dire : " Bon boulot, Carmen. On compte sur toi à la rentrée". Elle est partie sans se retourner, elle n'a dit au revoir à personne.
Ce matin, comme je vous le disais, elle était chez moi. Elle m'a tendu une feuille de papier : " Tiens, c'est une lettre que ma copine EVS a envoyé au courrier des lecteurs du « Canard enchaîné », c'est pas sûr qu'ils la passent au Canard. Mais toi, il y a des centaines de gens qui lisent ton blog chaque jour, Alors sois sympa! "

Bonne lecture...



Brest le 7 juin 2008




Monsieur,


Je suis, depuis le 25 septembre 2006, en Contrat d'avenir dans l' Éducation nationale.
Mon contrat arrive à terme le 4 juillet prochain.
Nous sommes nombreux, dans mon département, dans ma région et dans la France entière à avoir été contactés par l' ANPE en juin 2006.

En effet, les directeurs d'écoles se plaignaient de la surcharge de travail qui leur était imposée (ça on ne nous l'a pas dit, bien sûr), et demandaient soit une décharge de leur classe, soit une personne pour les aider.

Comme les élections présidentielles approchaient, que le taux de chômage était élevé, il suffisait de faire appel à l' ANPE pour recruter des demandeurs d'emploi "longue durée", qui pallieraient les carences de personnel auprès des directeurs, qui ainsi n'auraient plus rien à réclamer.

Et nous voilà affublés du titre pompeux "d'assistant administratif auprès de directeur d'école", même si certains d'entre nous sont incapables d'aligner deux mots sans faire une faute, n'ont jamais approché un ordinateur et n’ont aucun don pédagogique, aucune capacité relationnelle avec les enfants.
D'autres, par contre, ont fait des études longues, sont diplômés, ont des compétences supérieures à celles requises par l'emploi occupé.

Il y a aussi les personnes en contrats d'avenir, qui eux ne sont pas assistants administratifs mais ont la charge d'un enfant handicapé, durant sa journée d'école. L' Éducation Nationale s'étant engagée à scolariser un certains nombre d'enfants handicapés.

Nous devions avoir une formation : dans une clause du contrat que nous avons signé, il était en effet stipulé que nous nous engagions à suivre une formation, et que en cas de non-respect de cet engagement, le contrat serait rompu.

Pour toute formation, nous avons "bénéficié" de trois journées dédiées à la recherche d'emploi, pour l'après contrat : comment rédiger son CV, comment écrire une lettre de motivation, comment chercher du travail, etc. Choses dans lesquelles la majorité d'entre nous excelle puisque nous sommes des demandeurs d'emploi longue durée.

Nous devions aussi continuer à percevoir nos indemnités ASSEDIC, de façon dégressive certes, mais pendant au moins 6 mois, en plus de notre salaire, nous devions pouvoir en bénéficier ainsi que de la prime "retour à l'emploi" de 1000 €.
Mais la loi ne s'appliquait pas à nous ou bien la loi avait changé, en tout cas nos indemnités ASSEDIC ne nous ont jamais été versées et quand elles l'ont été "par erreur" nous avons dû les rembourser.
Certains n'ont jamais perçu la prime tant attendue de 1000€. Je l'ai eue, tant mieux pour moi.

Mais, ce n'est pas fini : pour couronner le tout, ce mois-ci, notre salaire nous a été versé avec 6 jours de retard. L' Inspecteur Académique de la circonscription où je travaille nous a dit que nous n'avions pas à nous plaindre, car « certains employés de l'Education nationale n'ont leur salaire qu'après trois mois de travail » (dixit l'Inspecteur).

Au secrétariat du lycée qui m'emploie, quand j'ai demandé des explications, on m'a raccroché au nez. Je m'inquiétais des agios que j'aurais à payer à ma banque, car ce n'est pas avec 783€ 79 qu'on fait des économies.
Dans un mois, c'est le retour à la case chômage, alors qu'on nous avait promis qu'à la fin de notre contrat nous aurions un emploi en CDI, pas dans l'éducation Nationale c'est sûr, mais un CDI grâce à la formation que nous allions avoir et aux compétences que nous allions acquérir.

Si je vous écris tout ceci c'est pour que nous sortions de notre isolement, pour que l'information passe auprès de vos lecteurs.

Restant à votre disposition, je vous remercie de votre attention et vous prie de bien vouloir recevoir, Monsieur, mes sincères salutations.

16.06.2008

CARMEN VEUT APPRENDRE LE BRETON

Salut à toutes les lectrices et tous les lecteurs de ce blog. Sympa de venir nous rendre visite. Surtout que vous devez êtes occupés avec les matches de la coupe d'Europe, les manifs toutes les semaines, le travail dans le jardin... Bon, vous savez, ici c'est le blog de la vacataire en colère. Prof de langue virée à la suite d'un conflit avec la direction. Comme j'ai un peu de temps, je vous raconte les aventures de mon amie Carmen, prof d'espagnol dans l'enseignement supérieur. Pour que vous sachiez ce que ça fait d'être vacataire, précaire. Il paraît que l'empathie, c'est bon pour la santé. (On dit que ça irrigue certaines zones du cerveau et comme ça, on n'est pas dépressif.) Ça faisait deux semaines que je ne l'avais pas vue, mon amie Carmen. Faut dire qu'il y avait un petit malaise. On s'était un peu disputées, toutes les deux. Moi, je n'avais plus envie d'écrire. Plus d'inspiration. C'est vrai que j'étais furieuse, elle était venue me dire qu'elle avait fait toutes les démarches et qu'elle est maintenant travailleur indépendant. J'étais tellement en colère que je lui avais fait découvrir un pan du lexique français qu'elle ignorait. Des adjectifs et des substantifs du genre 'gourde', 'manche', 'andouille' et des mots que je n'écrirai pas ici parce que je n'en connais pas l'orthographe. Elle a pas dû être heureuse quand elle a vérifié dans le Robert. Vous savez, c'était juste parce que je me fais du souci pour Carmen. Elle a déjà du mal à ranger ses chaussettes alors comment voulez-vous qu'elle se débrouille avec toute cette paperasse ! Tenir une comptabilité, heureusement sans TVA ! Les rappels de la caisse de retraite, les sommations assassines de l'URSSAF, le vocabulaire du comptable de son centre de gestion... Puis, son chiffre d'affaires n'est pas extensible, elle dépend des écoles où elle travaille. C'est du salariat déguisé, vous ne réussirez pas à me convaincre du contraire. Mais Carmen n'en démordait pas : « Je veux travailler plus! » Évidemment, c'est pour gagner plus ! Pour travailler plus, il lui faut être travailleur indépendant. Comme ça, pas de souci pour son soi-disant client (en fait crypto-employeur). C'est un peu idiot de céder à ce chantage, vous ne trouvez pas ? D'où mes débordements verbaux. Mais ici soir, elle est passée me voir, on a bien discuté et on est à nouveau copines. On a parlé de tout, enfin de tout et de rien, du temps (Toujours beau à Brest !), des manifs pour le maintien de l'hôpital de Carhaix (Évidemment, chez vous, c'est Paris qui décide tout ! Alors que les péridurales dans le Centre Bretagne, a dit Carmen...), des défilés de matériel agricole au centre de Brest (Ils en ont brûlé du gazoil, ce jour-là, encore un commentaire de Carmen), des inondations en Iowa ( Bizarre, la presse française n'en parle pas, toujours Carmen), de la loi sur les OGM (No comment !). Parce qu'on est des filles, vous imaginiez qu'on parle chiffons ... Et bien, pas toujours. Et puis là, au milieu de tout, vous savez ce qu'elle me dit Carmen? Qu'elle veut apprendre le breton! Le breton? Là, après une surprise pareille, il nous faut un nouveau paragraphe !
« Oui, parce que, tu vois, j'ai toujours été jalouse des Basques et des Catalans qui ont quand même de la chance d'avoir une deuxième langue. Bilinguisme précoce, et tout ? Tu es prof de langue, je n'ai pas besoin de te dire ça. Et en plus, c'est leur langue, c'est un droit de la transmettre, faut pas oublier ça. Alors, quand je suis venue en Bretagne, j'ai cru que ce serait un peu comme en Catalogne ou au pays basque, tu vois? Qu'il y aurait des journaux, des radios, des télés en breton, des cours de breton, plein d'écoles en breton... comme dans un pays normal, quoi, comme en Espagne. J'ai été déçue, tu peux pas imaginer. Je voulais prendre des cours. Le temps a passé. Mais là, je suis décidée. Parce que tu vois, j'ai confiance pour le breton. J'aime bien apprendre les langues en plus. Et puis, tu sais, je pourrai peut-être trouver du boulot avec le breton. Un truc fixe, tu vois? Avec un CDI, un salaire tous les mois, des congés payés et peut-être même des congés de maternité... Et puis t'as vu l'équipe d'Espagne, qu'ils soient Catalans ou Andalous, ça fait quand même une belle équipe. Ils sont bons, hein ! Et ils sont mignons en plus... »

28.05.2008

CARMEN ET L'URSSAF

Je reposais le troisième volume de Millénium. Curieux sentiment de vide. Et le quatrième tome risque de se faire attendre... Si vous avez des infos à ce propos, cher lecteur (h/f), n'hésitez pas à m'en faire part et laissez un petit message sur ce blog. Je posais donc mon livre. Juste à ce moment-là, on frappe vigoureusement à la porte. C'était elle, Carmen bien-sûr, vous l'aurez deviné. (Carmen est enseignante vacataire, professeur d'espagnol dans l'enseignement supérieur. En plus, c'est ma copine. Moi, je suis la copine de Carmen, et accessoirement une vacataire virée de l'enseignement supérieur pour cause de contestation de statut. Si vous voulez en savoir plus, allez voir dans les archives d'octobre. En bas à droite.) C'était bien Carmen.
- T'as fini ton bouquin. On va pouvoir te causer maintenant?
- Je te le prête, pour les vacances.
- Me parle pas des vacances. Déjà en mai, le salaire c'était pas terrible. Mais, en juin, c'est la catastrophe avec ces examens qui sont mal payés. Et en juillet, c'est le vide absolu, plus un sou. Pour Millénium, je veux bien que tu me le prêtes. C'est pas trop noir comme histoire ?
- Non, le bien et la justice triomphent au bout du compte. C'est très moral.
- Pas comme dans la vie, hein? Enfin, je parle de la mienne. Tu crois qu'il y a une justice ? Tu as vu les retraites? Dire qu'il y en a qui manifestaient la semaine dernière pour un an de plus ou de moins de cotisation. Comment veux-tu qu'on y arrive, nous les vacataires, à cotiser suffisamment ? N'empêche qu'on travaille quand même... C'est vraiment pas juste. En plus, ça y est je me suis inscrite. Je suis travailleur indépendant... En « libéral », quoi.
- Hein, t'as fait ça ! Pourtant, je t'avais dit ...
- Dans les écoles du public, les grandes écoles, tu vois, chaque fois que je me présente pour avoir des heures, la première chose qu'on me demande, c'est pas : « Dans quelle université avez vous étudié? Sur quoi portait votre recherche ? » On s'attendrait à ça. Non, on me demande : « Vous avez un employeur principal? » Tu ne serais même pas prof, ils s'en fichent. Mais l'employeur principal, c'est important. Sans ça, c'est pas la peine d'aller plus loin. Et l'année prochaine, je voudrais travailler plus. Tu sais qu'à l'ENTA, il y a Francisco - tu sais qu'il est permanent, lui - qui prend une demi-année sabbatique. Il paraît qu'il va aux Baléares, travailler sur un projet de recherche. Pour un lexique médical. Il a une maison et des amis médecins sur une des îles, je ne sais plus laquelle... C'est pratique. L'école lui paiera juste son salaire comme d'habitude, mais pas le loyer. Il a l'air content. Normalement, il ne donne que six heures de cours. C'est pas beaucoup. C'est normal, il fait de la recherche pour son projet de lexique. Le semestre prochain, je pourrais les faire. J'espère. Six heures là et ailleurs on verra... A condition d'avoir le statut libéral, évidemment. Et si je m'entends toujours avec le chef...
Carmen, tu vas devoir tenir une comptabilité, garder tes factures. Tu vas râler contre les charges, comme le dentiste. Mais tu gagneras quand même beaucoup moins que lui ! Puis Carmen, tu ne voulais pas un bébé ? Comment tu vas faire ? Attends, pleure pas comme ça, Carmen. Je te fais un café ? Tiens, le bouquin, je te le prête tout de suite. Tu verras, c'est super. On reparlera de tes charges une autre fois, d'accord?

15.03.2008

Carmen a (encore) un problème

Bonjour,
Pour en savoir plus si les origines de ce blog (encore une sombre histoire de vacataire mal luné) et les aventures de Carmen, allez faire un tour dans les archives. Vous saurez tout ou presque sur 'Carmen et le prix des nouilles', 'Carmen au pays des jouets' ... Appel aux commentaires du service public brestois ...

On ne parle plus que de ça, l’augmentation du coût de la vie. Dans l’immeuble de Carmen, ça râle à tous les étages. Employées, étudiantes, ouvriers, retraités et pères de familles ( choisissez vous-même le genre grammatical qui vous convient). Travailler pour gagner plus. Justement, on lui propose de travailler plus à Carmen. N’oubliez qu’elle est prof d’espagnol vacataire et qu’elle a perdu des heures après Noël. Avec le prix des nouilles et de l’essence… Et voilà que, jeudi, le chef de département de l’ENTA fait venir Carmen dans son bureau.
« Tu voudrais plus d’heures, non ? »
Il lui explique que B. - le chef de département d’une autre grande école publique de la région brestoise qu’il connaît bien (évidemment, ils se connaissent tous) – lui a fait part de ses besoins : un ou une vacataire qui assure 4 heures d’espagnol/semaine. Peut-être plus pour l’année prochaine. Mais pas sûr. Le problème, c’est que ce ou cette vacataire doit avoir un employeur principal. Un employeur principal, c’est super. Vous êtes sûr comme ça que votre vacataire ne va pas venir un jour vous embêter en brandissant le code du travail et en réclamant un contrat. Imaginez la pagaille : tous les vacataires qui protestent… Imaginez cette cacophonie. Tous les vacataires au Tribunal administratif . « Je travaille 6 heures/semaine depuis 10 ans, 8 heures depuis 4 ans…J’ai droit à … ». D’où l’utilité de l’employeur principal. Ouf… Heureusement qu’il est là. De toute façon, les directives sont strictes. On ne transige pas. Et puis des professeurs avec un employeur principal, on en trouve évidemment qui n’ont rien contre le cumul, une pratique pourtant réprouvée par les instances officielles de leurs syndicats. Un peu plus de beurre dans les épinards, ça ne se refuse pas, surtout avec le petit qui est à la fac et le prix des vacances à la neige. Mais cette fois, B. a beaucoup de mal, pas de cumulard pour les cours de lundi 18 heures, mardi 12 heures, mercredi 8 heures. Aucun professeur en poste n’est prêt à assurer cet emploi du temps. Comme un problème dans son vivier.
« Je sais, Carmen, tu n’as pas d’employeur principal. Mais, tu es intelligente, tu as envie de travailler. Tu pourrais t’inscrire en libéral comme Alison, la prof d’anglais. Pour elle, ça roule… C’est vrai, il y a moins de travail en espagnol. Mais réfléchis, si tu veux ces heures, tu t’inscris à l’URSSAF. D’ailleurs, c’est pareil pour la professeur d’allemand. Si elle choisit pas le statut libéral, on ne pourra pas la garder. Dommage, ça fait 7 ans qu’elle travaille ici. Mais les directives sont claires.»
Vous imaginez bien que Carmen réfléchit. Travailler plus à condition de choisir le statut libéral. C’est cornélien…
Faire des factures comme le garagiste et le plombier. Tenir une comptabilité. Se joindre à l’équipe des geignards : « Mes charges … » . Comme toutes les écoles n’accepteraient pas de la payer à la facture. Elle cotiserait donc à deux caisses de sécurité sociale. Et la retraite en libéral, ce n’est pas brillant. Tout le monde sait ça. Et l’Urssaf . L’Urssaf, le grand méchant loup dans le recueil des contes d’entreprises. Carmen sait tout cela et elle a un peu peur. Et Bruno, qui n’est pas d’accord.
« Enseigner, c’est la fonction d’une école. Non ? C’est un établissement public. Carmen, ton travail relève du service public. T’inscrire en libéral pour exécuter un travail qui relève du service public, c’est le délire.»
Ce qui dérange Carmen, c’est qu’en plus, elle ne cotisera pas au chômage. Travailler 10 , 15 ou 20 ans et n’avoir droit à rien… Et puis, le bébé, Carmen en rêve toujours. Et les congés de maternité en libéral, ce n’est pas génial. Réfléchis bien Carmen…

Je pense qu'on va la laisser réfléchir tout le week-end. Que va-t-elle faire ? Le suspens risque d’être insoutenable pour vous, je m’en doute. Pour vous détendre, allez faire un tour, peut-être dimanche dans votre bureau de vote… Bon samedi et à bientôt...

07.03.2008

Bienvenue sur ce blog

Bonjour, bienvenue sur le site des vacataires en colère. Si vous voulez connaître l'origine de ce site, allez faire un tour dans les archives. On commence par "Virée". Si vous voulez faire la connaissance de mon amie Carmen, prof d'espagnol vacataire depuis quelques années dans le monde fictif de ce blog, lisez aussi "Les aventures de Carmen". Attention, elle n'arrête pas de râler et se plaint même du prix des nouilles.