20.02.2008
CARMEN AU PAYS DES JOUETS
C’était un matin comme les autres. J’ai mis ma ceinture. Je me suis arrêtée au feu qui était rouge. J’ai respecté les limitations de vitesse et je me suis garée sur le parking d’un hyper. Comme d’habitude, j’ai poussé mon caddie tout droit, sans tourner la tête ni à droite ni à gauche. J’ai évité le rayon des magazines, j’ai ignoré les vêtements, chaussures, housses de couette, jouets… Mais là, …
- Qu’est-ce que tu fais là, Carmen ?
Carmen au rayon des playmobils ! Je croyais que Bruno avait dit que … Pas question avant qu’elle ait un boulot fixe. Et puis, les playmobils, c’est pas pour les bébés. Pas avant 36 mois…
- Je cherche du matériel pédagogique…
- Hein ?
- Tu vois, c’est formidable. Pour des petits de 8 ans. Tu viens dans une classe avec tes figurines et tu as tous les objets de la vie quotidienne. Tu leur apprends le nom des objets en les montrant, le nom des couleurs… Ensuite, tu inventes avec eux des dialogues. Ils créent des histoires et les font vivre aux personnages de playmobil. Tu vas dire, c’est cher… D’accord, mais il y a un copain de Bruno qui va m’en faire en bois, et je les peindrai. Super, hein ? Et puis, j’ai demandé à ma sœur de m’envoyer des CD de musique de chansons pour enfants en espagnol et des dessins animés… Des films sympa. Je vais développer une méthode géniale, apprendre l’espagnol aux petits en stimulant la créativité. Les enfants apprennent tellement vite. C’est important, les langues, non ? Et puis avec toutes mes observations, j’écrirai une thèse. Pas une thèse qui reste dans les rayons parce qu ‘elle n’intéresse personne. Un vrai travail de terrain avec des conseils pour l’enseignement des langues aux enfants. On pourrait ensuite fabriquer du matériel pour les autres langues sur la base de ce travail. C’est passionnant, l’apprentissage des langues aux petits. J’ai lu deux ou trois bouquins sur des expériences en Catalogne.
- Mais, Carmen…
- C’est vrai, je n’ai jamais travaillé avec les enfants. Mais je les aime. Et puis, tu sais bien que j’en ai marre des vacations. Alors, j’aimerais avoir un poste dans l’enseignement primaire. Et je voudrais devenir une vraie pro, faire une vraie carrière…
- C’est pas possible, Carmen !
- Tu sais, je vais m’inscrire à la formation du CNED …
- C’est pas ça, Carmen. On ne demande aucune formation particulière, ni aucun talent pédagogique aux profs qui donnent les cours de langues étrangères dans le primaire. Mais on ne les embauche pas plus de deux ans consécutifs. Pour des questions de statut…
- Deux ans ! Alors, quand on a appris le boulot, on doit partir !
- C’est vrai, ils ont du mal à recruter dans ces conditions.
En France, enseigner les langues, ce n’est pas un métier. On a besoin d’un certificat d’aptitude professionnelle pour laver les cheveux dans un salon de coiffure ou repeindre une façade, mais pas pour enseigner l’espagnol ou l’allemand aux enfants… Dans la plupart des cas, il suffit de dire que tu es ‘native speaker’ et tu as du travail. Du travail, oui… Presque toujours précaire. Souvent comme vacataire.
- T’es déçue, Carmen ?
11:12 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écoles primaires, langues, vacataires, Brest municipales, précaire
14.02.2008
J'ai reçu un SMS... (Les aventures de Carmen)
Oui, un SMS de Bruno. « Carmen pas bien. Viens ! » Dans la rue, au pied de l’immeuble, je l’entends déjà, mon amie Carmen. Au premier, c’est encore plus précis. Ma doué ! Quelle voix! Loi de Murphy oblige, j’imagine le pire. Encore un drame brestois ! Et Carmen, si elle t’aime pas, prends garde à toi ! Sur le palier, j’hésite une poignée de secondes. J’entre finalement, la porte était ouverte. Carmen arpente « la grande pièce » de son T1bis, du canapé au buffet, du buffet au fauteuil, accrochée au téléphone, elle hurle. Je comprends quelques mots : «Je n’en veux pas… Crapuleux … » Suivent des propos orduriers que je ne noterai pas dans ce blog, parce que je n’en connais pas l’orthographe. Un dernier cri, elle raccroche, s’écroule sur le canapé.
- C’est quoi, cette histoire ?
- Un contrat pourri…
- On te propose un contrat ? Pourri ou pas, t’en as de la chance…
- Tu sais que je cherche un boulot stable, non ? Je te le répète tout le temps. À chaque rentrée, lire dans le marc de café pour savoir si j’ai des cours ou pas. Les heures qui sautent, pas payées. Pas de droit à la formation. C’est usant. Tu vois, j’aimerais bien déménager, pour un appart plus grand. Et puis en plus, Bruno et moi, on voudrait un bébé. Enfin, surtout moi, et Bruno trouve que c’est trop risqué. Il répète : « Tu nous imagines, tous les trois sous une tente de chez Décathlon ! » Alors, je regarde toutes les annonces. Et je réponds pour être vendeuse, traductrice, secrétaire, télé-prospectrice, même parfois prof d’espagnol, formatrice… Ils ne me répondent jamais. Un jour, je vois une annonce pour une école de langues qui cherchait un auteur/tuteur pour cours d’espagnol en ligne. J’expédie une lettre, un CV. Et là, une responsable m’appelle. On branche bien au téléphone et je commence tout de suite. 45 Euros l’heure de cours mise en ligne, c’est payé en droits d’auteur et pour le tutorat à distance 20 Euros de l’heure…à la facture.
- C’est nul. Pour une heure de cours à distance. Et tu devais payer toi-même ton matériel ?
- Ils devaient m’envoyer un micro, une webcam… Jamais eu.
- Tu as travaillé longtemps pour eux ?
- Deux mois…
- Sans contrat ?
- La fille, qui était sympa, me disait toujours : on prépare votre contrat, ne vous en faites pas … mais la secrétaire était malade, elle avait trop de travail…
- Panne informatique, papier en rupture de stock… Et là, tu l’as enfin eu, ce contrat ?
- Ce matin. Et tu vois là : le paiement des droits d’auteur est étalé sur trois ans…
- Tu pourras toujours expliquer ça à ton propriétaire …
- Et pour être payée, je dois apporter les mises à jour pendant trois ans. Pieds et poings liés pendant trois ans... C’est écrit noir sur blanc. Si mon texte et les exercices ne sont pas actuels, c’est à moi de mettre à jour.
- Tu choisis un article sur la corruption ou la pollution, tout à fait par hasard. Par miracle, pollution et corruption disparaissent l’année suivante. Pas de chance pour toi, tout le boulot est à refaire.
- D’après ce contrat, ma responsabilité est engagée … À moi de payer les frais de justice et d’avocat, au cas où…
- Je peux l’emporter, ton contrat ?
Oui, mais t’en parles à personne, hein ? Il y a aussi une clause de confidentialité...
15:20 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Carmen, vacataires, précaires, langues, e-learning, Brest
14.01.2008
CDII, à nouveau....
Un nouveau commentaire vient d'être posté sur votre blog à la suite de la note Le CDII. Un nouvel épisode dans la lutte pour l'amélioration des conditions de travail des précaires. Merci de nous informer
"Convention Collective Nationale des Organismes de Formation Le CDII (Contrat de Travail Intermittent à Durée Indéterminée) Nouveau Groupe de travail paritaire entre représentants des employeurs et des salariés Réflexions sur la pratique de l’intermittence dans les organismes de formation linguistique * Quelle était la vocation initiale du CDII lorsqu’il a été inclus dans la CCN OF ? Il s’agissait d’encadrer les rapports jusque-là informels entre un vacataire et un employeur. * De quelle manière ? Par la conclusion d’un contrat écrit supposé déterminer les droits et devoirs de chacun, cela, dans un contexte où il n’existe aucune prévisibilité dans les interventions. * Quel était l’objectif du groupe de travail CDII exploratoire réuni en 2005 et 2006 ? L’instauration d’un échange entre les membres de la CPN afin d'éviter la recrudescence des dossiers de saisine concernant les CDII. I. Le besoin de clarté et de cadrage de l'intermittence Pour ce nouveau groupe de travail, moins informel, les attentes communes sont de faire œuvre pédagogique. 1. clarification de l'article 6 Objectifs : sécuriser les pratiques = éviter les interprétations hasardeuses dues aux ambigüités du texte, les dérives et abus, les litiges qui en découlent 2. clarification de l’art. 14 Objectif : rédiger de façon plus équitable les garanties du régime de prévoyance des CDII, qui, pour l’instant, est atypique. Les dispositions concernant les CDII doivent être alignées sur les dispositions concernant les CDI prévues à l'article 14 de la CCNOF. La CPNP (Prévoyance) est chargée de préparer la rédaction de l’article 14 et l’harmonisation d’une partie de l’article 6 relatif au CDII pour une pratique homogène. 3. réflexion sur les accords dérogatoires (dans les organismes non linguistiques) Objectif : étudier la perspective d’une procédure formelle qui obligerait les entreprises à soumettre à la CPN leur désir d’accord d'intermittence. II. L’intermittence vue par les employeurs des organismes de formation linguistique a) Le caractère particulier de la formation linguistique est que 1. l’on ne preste pas des journées mais des heures 2. le client commande ou annule ses cours souvent la veille pour le lendemain b) Le caractère particulier du CDII est que 1. c’est un CDI et non un CDD ; les contrats conclus avec les salariés sont certains et pérennes. 2. l’équilibre est délicat entre la disponibilité offerte par le salarié et le volume d’heures annuel que l’employeur peut garantir (l’anglais emporte 80 % du marché par rapport aux autres langues). Même si le formateur consent une ou plusieurs journées fixes de disponibilité à son employeur, les heures de travail au sein de ces journées ne peuvent pas être déterminées à l’avance ; leur exécution est irrégulière et imprévisible. 3. la mise en place des refus (art. 6-2) permet une certaine souplesse. Certains formateurs souhaitent conserver la liberté de choix des cours. La liberté réciproque de chacun -proposition de cours vs. refus- est essentielle. Un organisme linguistique est ouvert potentiellement 70 hs / semaine (12 h x 6 jours) ; un formateur bon gestionnaire de son temps peut parfaitement, en cumulant 2 ou plusieurs CDIIs, atteindre ou même dépasser le temps plein. ‘La majorité des formateurs en CDII refusent un CDI temps complet lorsqu’il leur est proposé. L’intermittence en langues n’est donc pas du tout la précarité institutionnalisée que certains s’obstinent à dénoncer’. c) Le caractère particulier de la loi est que 1. quand bien même le texte serait clarifié, les organismes récalcitrants s’ingénieront à ne pas appliquer les dispositions conventionnelles ou même le droit du travail. 2. les abus ne doivent pas conduire à produire des textes toujours plus coercitifs. La multiplication des contraintes dans l’art. 6 ne nuirait qu’aux organismes sérieux, respectueux des dispositions conventionnelles, qui risquent d’être confrontés à des « usines à gaz » ou des effets pervers non prévus. ‘Si le toilettage de l’article 6 doit éviter les abus et les interprétations divergentes, il ne doit pas être une fin en soi’. Par ailleurs, inlassablement, la FFP poursuit son but : retoquer le ratio d'intervention FFP/ PRAA de 70/30 ou AF/ PR de 72/28 des formateurs. II. L’intermittence vue par les salariés en CDII qui la vivent au quotidien Les salariés, à l’unanimité, souhaitent de vraies contreparties et compensations à l’imprévisibilité des changements d’horaire ; leur intérêt de salarié doit être préservé. Il faut revenir à la base légale du concept d'intermittence : s’il y a une régularité périodes travaillées / non travaillées, l'intermittence ne doit pas être autorisée. Le CDII à garantie annuelle haute et importante (plus de 1000 hs / an) doit être privilégié car il cumule les quasi-avantages du CDI temps complet tout en permettant au salarié de refuser certaines prestations pour convenance personnelle. Il est plus humain que le CDII à garantie d’heure annuelle ridiculement basse qui implique précarité, zéro Assedic, insécurité et cumul de plusieurs employeurs pour accéder à un temps plein. Le SNPEFP-CGT souligne que les réflexions du Groupe de Travail ne peuvent en aucun cas être disjointes des autres travaux paritaires relatifs à la prévoyance ou à l’étude-diagnostic en cours sur ‘le temps de travail des formateurs D et E. Une définition très précise des cas de recours à l'intermittence évitera l'intermittence sauvage. Les salariés intermittents ne doivent pas être la variable d'ajustement des organismes de formation. Le groupe de travail se réunira toutes les 6 semaines jusqu'en juin 2008."
Ce commentaire a été posté par Violaine.
08:51 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : C.D.I.I., vacataires, précaires, prof, langues







