12.05.2008
CARMEN ET LE MONDE DE SOPHIE
"Carmen, c'est quoi un « vacataire »? C'est maman qu'a dit que t'es vacataire. C'est pas des méchants les vacataires, hein, Carmen ?"
Même Sophie, s'y met. Sophie, c'est la petite voisine de Carmen, elle a sept ans.Faut dire que depuis que le blog des vacataires en colère est le blog du jour, ça devient insupportable pour Carmen. (Voir la note précédente , cher visiteur (h/f) si c'est votre première visite sur ce site.) Elle est devenue une vraie vedette dans son immeuble. Dans l'escalier elle entend les deux ados du premier qui chantonnent « C’est le règne de l’arbitraire, du pouvoir discrétionnaire ...Tu comprends pas, ouvre le dictionnaire, t’es vacataire ».
La vieille dame au chat, celle qui a une toute petite retraite et ne mange plus qu'un repas par jour, a vu le blog chez l'étudiante du troisième. Elle m'a hélée dans l'escalier, elle trouve qu'on aurait dû mettre la photo de Carmen pour présenter le blog. « Elle est plus belle que Carla Bruni, quand même, et c'est une travailleuse ! » Le monsieur qui travaille à l'arsenal lui a dit ce matin : « Courage Carmen, ça ira! ». Je l'ai déjà dit, je le répète : elle a de la chance Carmen d'avoir des voisins pareils. Elle n'a aucune envie de partir de cet immeuble, même si c'est vrai que c'est un peu petit, un T1 bis pour deux. Et elle rêve en plus de peindre une petite chambre en rose bonbon 'ou en bleu ciel). Mais sur ce point, Bruno est inflexible. « Non, Carmen, un contrat d'abord. »
Sacré succès dans son immeuble, mais qu'est-ce que ce sera au boulot mardi ? A l'ENTA.
Vont pas être contents. J'espère qu'ils ne vont pas la virer. Ce serait une catastrophe. C'est déjà arrivé. Une vacataire, elle travaillait depuis quatre ou cinq ans. Pas très bavarde. Elle donnait des cours de français et d'espagnol. A la fin, elle n'avait pas l'air contente, elle ronchonnait. Et puis à la rentrée suivante, elle n'était plus là. Fabienne, oui, elle s'appelait Fabienne. Il paraît qu'elle était allée voir le directeur pour protester, elle avait vu le syndicat. Et d'un coup, disparue. Un jour, la secrétaire a enlevé son nom de son casier.
Il y en a dit qui ont dit que c'était scandaleux et qu'il fallait envoyer une pétition.
Il y en a qui ont dit : « Pas le temps aujourd'hui, on fera ça demain »
Il y en a dit qui ont dit qu'elle n'avait plus de cours dans aucune école, qu'elle était grillée en quelque sorte.
Il y en a qui ont dit qu'elle l'avait bien cherché.
Il y en a qui ont que c'était comme ça, quand on est vacataire.
Il y en a beaucoup qui n'ont rien dit.
Alors vous vous rendez compte si ça arrivait à Carmen à cause de ce blog ! Vous me direz, elle aurait le temps de lire les trois volumes de Millenium. Mais vaut mieux pas, quand même. On peut compter sur vous, hein? Vous enverriez une pétition, vous feriez une manif avec les voisins de Carmen?
« Pourquoi, t'es vacataire Carmen, t'as fait une bêtise, Carmen?
- Arrête, Sophie, va jouer avec tes Pokémons, c'est des histoires de grandes personnes. »
16:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : vacataire, prof, Brest
15.03.2008
Carmen a (encore) un problème
Bonjour,
Pour en savoir plus si les origines de ce blog (encore une sombre histoire de vacataire mal luné) et les aventures de Carmen, allez faire un tour dans les archives. Vous saurez tout ou presque sur 'Carmen et le prix des nouilles', 'Carmen au pays des jouets' ... Appel aux commentaires du service public brestois ...
On ne parle plus que de ça, l’augmentation du coût de la vie. Dans l’immeuble de Carmen, ça râle à tous les étages. Employées, étudiantes, ouvriers, retraités et pères de familles ( choisissez vous-même le genre grammatical qui vous convient). Travailler pour gagner plus. Justement, on lui propose de travailler plus à Carmen. N’oubliez qu’elle est prof d’espagnol vacataire et qu’elle a perdu des heures après Noël. Avec le prix des nouilles et de l’essence… Et voilà que, jeudi, le chef de département de l’ENTA fait venir Carmen dans son bureau.
« Tu voudrais plus d’heures, non ? »
Il lui explique que B. - le chef de département d’une autre grande école publique de la région brestoise qu’il connaît bien (évidemment, ils se connaissent tous) – lui a fait part de ses besoins : un ou une vacataire qui assure 4 heures d’espagnol/semaine. Peut-être plus pour l’année prochaine. Mais pas sûr. Le problème, c’est que ce ou cette vacataire doit avoir un employeur principal. Un employeur principal, c’est super. Vous êtes sûr comme ça que votre vacataire ne va pas venir un jour vous embêter en brandissant le code du travail et en réclamant un contrat. Imaginez la pagaille : tous les vacataires qui protestent… Imaginez cette cacophonie. Tous les vacataires au Tribunal administratif . « Je travaille 6 heures/semaine depuis 10 ans, 8 heures depuis 4 ans…J’ai droit à … ». D’où l’utilité de l’employeur principal. Ouf… Heureusement qu’il est là. De toute façon, les directives sont strictes. On ne transige pas. Et puis des professeurs avec un employeur principal, on en trouve évidemment qui n’ont rien contre le cumul, une pratique pourtant réprouvée par les instances officielles de leurs syndicats. Un peu plus de beurre dans les épinards, ça ne se refuse pas, surtout avec le petit qui est à la fac et le prix des vacances à la neige. Mais cette fois, B. a beaucoup de mal, pas de cumulard pour les cours de lundi 18 heures, mardi 12 heures, mercredi 8 heures. Aucun professeur en poste n’est prêt à assurer cet emploi du temps. Comme un problème dans son vivier.
« Je sais, Carmen, tu n’as pas d’employeur principal. Mais, tu es intelligente, tu as envie de travailler. Tu pourrais t’inscrire en libéral comme Alison, la prof d’anglais. Pour elle, ça roule… C’est vrai, il y a moins de travail en espagnol. Mais réfléchis, si tu veux ces heures, tu t’inscris à l’URSSAF. D’ailleurs, c’est pareil pour la professeur d’allemand. Si elle choisit pas le statut libéral, on ne pourra pas la garder. Dommage, ça fait 7 ans qu’elle travaille ici. Mais les directives sont claires.»
Vous imaginez bien que Carmen réfléchit. Travailler plus à condition de choisir le statut libéral. C’est cornélien…
Faire des factures comme le garagiste et le plombier. Tenir une comptabilité. Se joindre à l’équipe des geignards : « Mes charges … » . Comme toutes les écoles n’accepteraient pas de la payer à la facture. Elle cotiserait donc à deux caisses de sécurité sociale. Et la retraite en libéral, ce n’est pas brillant. Tout le monde sait ça. Et l’Urssaf . L’Urssaf, le grand méchant loup dans le recueil des contes d’entreprises. Carmen sait tout cela et elle a un peu peur. Et Bruno, qui n’est pas d’accord.
« Enseigner, c’est la fonction d’une école. Non ? C’est un établissement public. Carmen, ton travail relève du service public. T’inscrire en libéral pour exécuter un travail qui relève du service public, c’est le délire.»
Ce qui dérange Carmen, c’est qu’en plus, elle ne cotisera pas au chômage. Travailler 10 , 15 ou 20 ans et n’avoir droit à rien… Et puis, le bébé, Carmen en rêve toujours. Et les congés de maternité en libéral, ce n’est pas génial. Réfléchis bien Carmen…
Je pense qu'on va la laisser réfléchir tout le week-end. Que va-t-elle faire ? Le suspens risque d’être insoutenable pour vous, je m’en doute. Pour vous détendre, allez faire un tour, peut-être dimanche dans votre bureau de vote… Bon samedi et à bientôt...
09:31 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : vacataire, précaire, urssaf, langue, prof, enseignement
14.01.2008
CDII, à nouveau....
Un nouveau commentaire vient d'être posté sur votre blog à la suite de la note Le CDII. Un nouvel épisode dans la lutte pour l'amélioration des conditions de travail des précaires. Merci de nous informer
"Convention Collective Nationale des Organismes de Formation Le CDII (Contrat de Travail Intermittent à Durée Indéterminée) Nouveau Groupe de travail paritaire entre représentants des employeurs et des salariés Réflexions sur la pratique de l’intermittence dans les organismes de formation linguistique * Quelle était la vocation initiale du CDII lorsqu’il a été inclus dans la CCN OF ? Il s’agissait d’encadrer les rapports jusque-là informels entre un vacataire et un employeur. * De quelle manière ? Par la conclusion d’un contrat écrit supposé déterminer les droits et devoirs de chacun, cela, dans un contexte où il n’existe aucune prévisibilité dans les interventions. * Quel était l’objectif du groupe de travail CDII exploratoire réuni en 2005 et 2006 ? L’instauration d’un échange entre les membres de la CPN afin d'éviter la recrudescence des dossiers de saisine concernant les CDII. I. Le besoin de clarté et de cadrage de l'intermittence Pour ce nouveau groupe de travail, moins informel, les attentes communes sont de faire œuvre pédagogique. 1. clarification de l'article 6 Objectifs : sécuriser les pratiques = éviter les interprétations hasardeuses dues aux ambigüités du texte, les dérives et abus, les litiges qui en découlent 2. clarification de l’art. 14 Objectif : rédiger de façon plus équitable les garanties du régime de prévoyance des CDII, qui, pour l’instant, est atypique. Les dispositions concernant les CDII doivent être alignées sur les dispositions concernant les CDI prévues à l'article 14 de la CCNOF. La CPNP (Prévoyance) est chargée de préparer la rédaction de l’article 14 et l’harmonisation d’une partie de l’article 6 relatif au CDII pour une pratique homogène. 3. réflexion sur les accords dérogatoires (dans les organismes non linguistiques) Objectif : étudier la perspective d’une procédure formelle qui obligerait les entreprises à soumettre à la CPN leur désir d’accord d'intermittence. II. L’intermittence vue par les employeurs des organismes de formation linguistique a) Le caractère particulier de la formation linguistique est que 1. l’on ne preste pas des journées mais des heures 2. le client commande ou annule ses cours souvent la veille pour le lendemain b) Le caractère particulier du CDII est que 1. c’est un CDI et non un CDD ; les contrats conclus avec les salariés sont certains et pérennes. 2. l’équilibre est délicat entre la disponibilité offerte par le salarié et le volume d’heures annuel que l’employeur peut garantir (l’anglais emporte 80 % du marché par rapport aux autres langues). Même si le formateur consent une ou plusieurs journées fixes de disponibilité à son employeur, les heures de travail au sein de ces journées ne peuvent pas être déterminées à l’avance ; leur exécution est irrégulière et imprévisible. 3. la mise en place des refus (art. 6-2) permet une certaine souplesse. Certains formateurs souhaitent conserver la liberté de choix des cours. La liberté réciproque de chacun -proposition de cours vs. refus- est essentielle. Un organisme linguistique est ouvert potentiellement 70 hs / semaine (12 h x 6 jours) ; un formateur bon gestionnaire de son temps peut parfaitement, en cumulant 2 ou plusieurs CDIIs, atteindre ou même dépasser le temps plein. ‘La majorité des formateurs en CDII refusent un CDI temps complet lorsqu’il leur est proposé. L’intermittence en langues n’est donc pas du tout la précarité institutionnalisée que certains s’obstinent à dénoncer’. c) Le caractère particulier de la loi est que 1. quand bien même le texte serait clarifié, les organismes récalcitrants s’ingénieront à ne pas appliquer les dispositions conventionnelles ou même le droit du travail. 2. les abus ne doivent pas conduire à produire des textes toujours plus coercitifs. La multiplication des contraintes dans l’art. 6 ne nuirait qu’aux organismes sérieux, respectueux des dispositions conventionnelles, qui risquent d’être confrontés à des « usines à gaz » ou des effets pervers non prévus. ‘Si le toilettage de l’article 6 doit éviter les abus et les interprétations divergentes, il ne doit pas être une fin en soi’. Par ailleurs, inlassablement, la FFP poursuit son but : retoquer le ratio d'intervention FFP/ PRAA de 70/30 ou AF/ PR de 72/28 des formateurs. II. L’intermittence vue par les salariés en CDII qui la vivent au quotidien Les salariés, à l’unanimité, souhaitent de vraies contreparties et compensations à l’imprévisibilité des changements d’horaire ; leur intérêt de salarié doit être préservé. Il faut revenir à la base légale du concept d'intermittence : s’il y a une régularité périodes travaillées / non travaillées, l'intermittence ne doit pas être autorisée. Le CDII à garantie annuelle haute et importante (plus de 1000 hs / an) doit être privilégié car il cumule les quasi-avantages du CDI temps complet tout en permettant au salarié de refuser certaines prestations pour convenance personnelle. Il est plus humain que le CDII à garantie d’heure annuelle ridiculement basse qui implique précarité, zéro Assedic, insécurité et cumul de plusieurs employeurs pour accéder à un temps plein. Le SNPEFP-CGT souligne que les réflexions du Groupe de Travail ne peuvent en aucun cas être disjointes des autres travaux paritaires relatifs à la prévoyance ou à l’étude-diagnostic en cours sur ‘le temps de travail des formateurs D et E. Une définition très précise des cas de recours à l'intermittence évitera l'intermittence sauvage. Les salariés intermittents ne doivent pas être la variable d'ajustement des organismes de formation. Le groupe de travail se réunira toutes les 6 semaines jusqu'en juin 2008."
Ce commentaire a été posté par Violaine.
08:51 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : C.D.I.I., vacataires, précaires, prof, langues







